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jeudi 5 décembre 2013

CENTRAFRIQUE LES DIAMANTS DE SANG LES VAUTOURS AU CHEVET

L'ONU AUTORISE UNE INTERVENTION FRANÇAISE EN CENTRAFRIQUE Des soldats patrouillent dans les rues de Bangui, le 5 décembre 2013 en Centrafrique L'ONU a autorisé jeudi les forces françaises à intervenir en Centrafrique en appui à une force internationale, quelques heures après un nouveau massacre inter-religieux à Bangui et le déploiement de soldats français dans la ville. Des tirs d'armes automatiques ont éclaté avant l'aube dans la zone du PK-12, dans le nord de la capitale, pour s'étendre à d'autres quartiers, avant de diminuer d'intensité en fin de matinée. Dans l'après-midi, des journalistes de l'AFP ont comptabilisé au moins 54 cadavres rassemblés dans une mosquée du centre-ville, et 25 cadavres gisant dans les rues voisines, abandonnés sur le bas côté. Les corps portaient des marques de blessures à l'arme blanche et par balles. La Centrafrique est plongée dans le chaos et un engrenage de violences communautaires et inter-religieuses entre chrétiens et musulmans depuis le renversement en mars du président François Bozizé par une coalition hétéroclite à dominante musulmane, la Séléka. Ces violences se sont multipliées ces dernières semaines, à Bangui et en province, dans un pays en totale décomposition, comptant 4,6 millions d'habitants sur un territoire grand comme la France, au coeur du continent. "Protéger les civils" La résolution de l'ONU, adoptée à l'unanimité des 15 pays membres du Conseil sur proposition de la France -- ancienne puissance coloniale -- autorise les soldats français en RCA à "prendre toutes les mesures nécessaires pour soutenir la Misca (force africaine en RCA) dans l'accomplissement de son mandat. La Misca pourra se déployer "pour une période de douze mois", avec pour mission de "protéger les civils, rétablir l'ordre et la sécurité, stabiliser le pays" et faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire. La force doit compter jusqu'à 3.600 hommes, mais n'en rassemble pour l'instant que 2.500, mal équipés et entraînés. Dans le cadre de l'opération Sangaris (du nom d'un papillon rouge), la France dispose déjà sur place d'environ 600 hommes. Elle doit tripler son contingent, qui passera à 1.200 hommes, chargés notamment de sécuriser l'aéroport de Bangui et les principaux axes par où transiteront les convois humanitaires. Dès que le président français François Hollande "aura donné le top, les choses vont aller très vite", a prévenu son ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, alors que se tient ce vendredi et samedi à Paris un sommet franco-africain sur la paix et la sécurité en Afrique. "Vu l'urgence, mon souhait est que l'intervention se fasse (...) immédiatement après la résolution", a déclaré de son côté depuis Paris le Premier ministre centrafricain Nicolas Tiangaye. Selon le porte-parole de l'état-major français, le colonel Gilles Jaron, "environ 250 soldats français se sont déployés" jeudi matin dans Bangui" depuis leur base près de l'aéroport, avec pour mission de "sécuriser les points sensibles" et de regroupement pour les étrangers. "Vers 03H00 (02H00 GMT), il y a eu des accrochages entre des ex-Séléka et des éléments armés non identifiés (...) les forces françaises ont dû réagir", a-t-il expliqué. Soif de vengeance Dans une allocution radio-diffusée à la mi-journée, le président Michel Djotodia, issu des rangs de l'ex-rébellion Séléka, a appelé la population terrorisée "à garder son calme": "l'armée française est une amie de la Centrafrique", les soldats français "ne se sont pas déployés pour soutenir un camp au détriment d'un autre", a-t-il souligné. M. Djotodia a par ailleurs annoncé l'extension immédiate de quatre heures du couvre-feu, imposé désormais de 18H00 à 06H00. CENTRAFRIQUE : LA CRISE EN 5 QUESTIONS Lundi soir, la France a soumis à ses partenaires du Conseil de sécurité de l’ONU un projet de résolution visant à renforcer la Mission internationale de soutien à son ancienne colonie plongée dans le chaos. >>> POURQUOI LA FRANCE INTERVIENT-ELLE ? "Un millier de soldats français vont être déployés en Centrafrique pour une période brève, de l’ordre de six mois à peu près", a confirmé mardi le ministre français de la Défense, Jean-Yves le Drian. La France entend ainsi rétablir l’ordre et le calme dans un pays en proie aux violences, aux exactions, aux viols et aux rackets. La situation, préoccupante depuis l’arrivée au pouvoir par la force en mars dernier du président autoproclamé Michel Djotodia, a pris une tournure encore plus inquiétante ces dernières semaines, au point de faire dire il y a cinq jours à Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, que "le pays était au bord du génocide". >>> QUI DÉTIENT LE POUVOIR AUJOURD'HUI ? A l’origine de la chute de François Bozizé, arrivé au pouvoir en 2013 à la suite d'un coup d'État : les rebelles du Seleka - une vaste coalition à majorité musulmane regroupant initialement d’anciennes forces rebelles et des partis politiques d’opposition. Ces mouvements accusaient Bozizé de ne pas avoir respecté pleinement les accords de Libreville, signés le 11 janvier 2013. Le traité prévoyait notamment un gouvernement d’union nationale, qui devait leur permettre d'accéder à des postes clefs au sein des ministères les plus importants. Au terme d’un putsch éclair, les forces de la Seleka venues du nord du pays, sont parvenues à prendre Bangui le dimanche 24 mars. A 18h30, Michel Djotodia, chef de la Seleka, annonce être le nouveau président du pays. Très rapidement, Djotodia s'est trouvé débordé par la coalition qui l'a porté au pouvoir. Des soldats de la Seleka ont commencé à s'en prendre, à Bangui et en province, aux anciens partisans du président Bozize >>> S'AGIT-IL D'UN CONFLIT POLITIQUE OU RELIGIEUX ? Le conflit était avant tout politique, mais il a vite pris un caractère intercommunautaire, opposant chrétiens et musulmans. "Dès qu’un musulman a un petit pépin, une dispute avec un frère chrétien, il appelle la Seleka à la rescousse qui règle le problème à sa manière, en pillant et en tuant les villageois chrétiens pour un rien", expliquait Nestor Désiré Nongo Aziagbia, évêque de Bossangoa, à Rue89. Il semble établi que des membres de milices islamistes se soient greffés à la Seleka (qui compterait entre 15.000 et 20.000 combattants dont au moins 10.000 se sont ralliés lors de la prise de Bangui) et fassent, eux aussi, régner la terreur dans les villages chrétiens. Les civils chrétiens se sont organisés en milices d’autodéfense, les "anti-Bakala" (anti-machette, en Sango, la langue nationale). Ils se sont vengés en s’en prenant à la population musulmane, supposée être de connivence avec le gouvernement au pouvoir, et aux rebelles de la Seleka. >>> JUSQU'OU LE CONFLIT PEUT-IL S'ÉTENDRE ? Les 8 et 9 septembre, la guerre civile centrafricaine a pris une nouvelle dimension. A l’ouest du pays, entre Bossangoa et Bouca, des combats entre la Seleka et des pro-Bozizé ont fait près de 100 morts. Pour Michel Djotodia, impuissant, la situation est devenue incontrôlable. A telle enseigne, que le 14 septembre, il a déclaré la "dissolution" immédiate de la Seleka. Toutefois, cette annonce n’a été suivie d’aucun effet et les violences se sont poursuivies partout en Centrafrique. Dimanche 25 novembre, c’est un haut-magistrat qui a été assassiné à Bangui par des rebelles de la Seleka pourtant dissoute. >>> QUEL EST LE PÉRIMETRE DU DISPOSITIF FRANCAIS ? "La France accompagnera une force africaine déjà en cours de constitution, composée d'éléments militaires venus des pays voisins pour faire en sorte que ce massacre s'arrête", a précisé Jean-Yves Le Drian sur Europe 1. Un millier d'hommes seraient concernées dont les 410 militaires français déjà basés à l’aéroport de Bangui, la capitale. Environ 350 hommes ont été embarqués à bord du BPC Dixmude, un bâtiment de la Marine nationale, qui a quitté Toulon samedi à destination du golfe de Guinée. 900 soldats sont présents au Gabon sur l’une des quatre bases militaires permanentes françaises prépositionnées en Afrique. Une partie d'entre eux pourrait être affectée à l'intervention en RCA.

mercredi 4 décembre 2013

L AFRIQUE ET SES MYSTERES

Sorcière depuis ma naissance, je voulais tuer mon mari. Ce qui m’a empêché de le faire… www.sanslimites.org sorcièresMa joie est grande au moment où je vous écris mon histoire. J’espère que vous la publierez. Agée de 43 ans, mariée, je suis responsable dans une entreprise à Abidjan. Mon mari et moi n’avons pas d’enfant. Mais mon époux n’a jamais désespéré. Il est croyant et je pense que sa foi en Dieu l’a toujours guidé malgré les difficultés. Et Dieu seul sait s’il y en a eues. Maintenant, je peux en parler puisque c’est le but de mon geste. Mais je crois avoir été pour beaucoup dans ce qui est arrivé, car tout a été de ma faute. Je vais commencer par le début. Depuis ma tendre enfance, j’ai découvert que je n’étais pas une fille comme les autres. J’avais un don, celui de voir ce que nul être humain ordinaire ne peut voir. C’est au fil du temps que j’ai pris conscience de mes pouvoirs et de mes capacités à agir à ma guise. La sorcellerie, autant vous le dire, je suis née avec. Je l’ai reçue de ma propre mère, peu avant sa mort (à la suite d’une longue maladie). Donc, très jeune, j’ai commencé à évoluer dans le monde de la nuit. La sorcellerie est un peu comme une école aussi. Et, en plus de mes pouvoirs personnels, j’ai dû gravir les échelons dans la confrérie à laquelle j’appartenais. Tout sorcier a, en sa possession, différents démons, chacun ayant sa puissance, sa spécialité et son domaine de prédilection. J’avais donc les miens. Je les utilisais selon mes humeurs. Je n’étais animée que par la vengeance, l’envie de faire du mal. De toute façon, un sorcier ne cherche qu’à détruire. Il n’éprouve aucune pitié. La vie humaine est insignifiante à ses yeux. Au fil du temps, j’ai acquis ce que je qualifierais de «hauts grades», un peu comme dans l’administration. Au moment où je faisais la connaissance de mon mari (qui ne pouvait pas savoir que j’étais sorcière), j’avais déjà atteint des degrés supérieurs. Nous nous sommes d’abord mariés, avant de nous installer ensemble, selon les préceptes de sa religion. Mais je souffrais le martyr à chaque fois que mon mari se mettait à prier. Pour m’enfuir, je prétextais une urgence afin de le laisser seul. Je ne revenais que quand je savais qu’il avait terminé. Plusieurs fois, j’ai tenté de lui envoyer mes démons pour le foudroyer en pleine prière, mais sans succès. Il y avait toujours comme un cercle de feu autour de lui. Impossible pour moi de l’atteindre. Malgré tout, je ne désespérais pas. A chaque fois que je tombais enceinte, je donnais le fœtus aux membres de ma confrérie. Dans la vraie vie, je ne faisais que des fausses couches. Cela, durant 3 ans ! Je pensais qu’à la longue mon mari se découragerait et demanderait le divorce. Au contraire, cela ne semblait pas le déranger. Il me proposait même parfois de venir avec lui à l’église, afin que Dieu nous donne un enfant. Il ne savait pas que j’étais à l’origine de ce qui arrivait. Bien entendu, je refusais de l’accompagner à l’église. Je lui demandais de me laisser un peu de temps. Dehors, j’étais une femme responsable, belle. Mais au-dedans, j’étais une redoutable sorcière. Pour vous donner une idée, il y avait dans le même quartier que nous, une famille composée d’un homme, de ses deux femmes (il était marié coutumièrement) et de leur unique enfant. Ils menaient jusque-là une vie paisible. J’avais en projet de détruire cette famille. J’attendais donc le moment opportun. Un jour, la première épouse (avec qui je sympathisais) est venue m’exposer un problème. Elle m’a raconté qu’avant, elle vivait seule avec son mari. Mais vu qu’elle n’enfantait pas, son homme a jugé bon de prendre une deuxième épouse qui lui ferait un gosse. Sa co-épouse qui la respectait au début, a changé de comportement quand elle a eu un enfant avec le monsieur. Je venais de trouver mon alibi pour semer la zizanie dans cette famille… Au cours de la réunion nocturne suivante, j’en ai informé mes confrères. Puis, spirituellement, j’ai attiré l’âme de l’enfant de la dame sur lequel j’ai provoqué une forte fièvre. Le père a eu le réflexe de le conduire à l’hôpital. Une fois là-bas, sous mes ordres, un de mes démons a pris possession de l’esprit du médecin qui a fait à l’enfant une injection qu’il ne fallait pas. Le petit est mort, j’ai pris son âme. Peu de jours après l’enterrement de l’enfant, j’ai envoyé des démons souffler au cœur de la deuxième femme de venir se confier à moi. Elle vient et m’explique que son enfant n’est pas réellement mort d’une maladie naturelle, mais que sa co-épouse l’aurait tué mystiquement, par pure jalousie. Pendant qu’elle me racontait cela, j’ai attiré la première femme (mon amie) vers nous pour qu’elle entende la conversation comme par un hasard. Et c’est là que tout s’est gâté entre les deux femmes. Très vite, elles en sont venues aux mains. Informé du fait que ses femmes se battaient, le mari est arrivé. Il a eu beaucoup de mal à les calmer. La scène était surréaliste. C’est ainsi que j’ai utilisé la colère du mari pour lui faire prendre la décision de renvoyer ses deux épouses… Tout cela était téléguidé spirituellement. J’en profite ici pour attirer l’attention sur un fait : si vous refusez de vous repentir de vos péchés et de recevoir Jésus-Christ dans votre vie comme étant votre Seigneur et votre Sauveur personnel, les sorciers, les mauvais esprits, ou toutes personnes pratiquant l’occultisme continuera de vous faire souffrir. Dieu voit cela. Certes, Il est attristé, mais ne peut rien pour vous, tant que vous refusez Son aide en rejetant Jésus-Christ. Dieu n’est pas un dictateur. Il ne peut vous aider qu’avec votre accord. En acceptant Jésus-Christ, vous êtes sous sa protection. Ni sorcier, ni féticheur, ni marabout ne pourra vous atteindre. Mais comment ma vie va-t-elle être transformée ? Un jour, après mûres réflexions, je décide de suivre mon mari à l’église. Plus par curiosité que par véritable besoin. Mes démons étaient très opposés à cette idée. Dans ma chambre, par exemple, il y avait un fétiche particulièrement puissant grâce auquel, toutes les portes (quelle que soit la personnalité que je souhaitais rencontrer), s’ouvraient à moi. Ainsi, j’avais des liens avec des Ambassadeurs, des personnalités de haut rang, des Directeurs généraux d’entreprise, et j’en passe. J’avais l’argent, le pouvoir, les privilèges et tout ce qui s’y rattache. A côté, il y avait un autre fétiche que j’utilisais pour mes méfaits. C’est lui que je suis allée consulter, avant de me rendre à l’église. Ça n’a pas du tout été facile, mais après de longues tractations, j’ai pu le convaincre. Une fois sur place, à l’église, avant d’y entrer, j’ai commencé à sentir une chaleur m’envahir. Elle est devenue plus forte lorsque nous nous sommes assis. Pendant la prière, je transpirais abondamment. Mais je ne voulais pas que mon mari s’en aperçoive. Un moment donné, j’ai failli quitter l’église en courant, tellement je n’en pouvais plus. J’ai tenté de me lever, mais c’était comme si l’on m’avait clouée sur place. Mystiquement, j’ai tenté vainement de faire appel à mes démons pour qu’ils viennent à mon secours. Au milieu de la prière, je fixais le pasteur du regard, pensant pouvoir le foudroyer. Rien n’y fit. A la fin de la prière, à ma grande surprise, celui-ci informe la communauté de la présence d’une nouvelle fidèle ! Plus grave, il se dirige vers moi. Une fois à mon niveau, je commence à réaliser franchement qu’il se passe quelque chose. Le pasteur m’invite ensuite à le rejoindre devant l’autel. Il m’invite gentiment à confier ma vie à l’Eternel. Devant toute l’assistance dont les yeux étaient braqués sur moi, je ne pouvais qu’obéir. Puis, le pasteur se remet à prier intensément, imité en cela par les fidèles. Je me sentais impuissante, comme si mes forces m’abandonnaient. J’ignore combien de temps cela a duré. Après la prière, j’étais épuisée. Comme quelqu’un qui revient d’un long voyage, un peu émerveillé. Ce jour a été vraiment spécial pour moi. Par contre, cette nuit-là n’a pas été de tout repos. Mes propres fétiches se sont rebellés contre moi, si bien que j’ai eu beaucoup de mal à les maîtriser. Comme je devais m’y attendre, à minuit et demi, la plupart de mes confrères ont débarqué chez moi, furieux. Ils me menaçaient, ne comprenant pas ce qui m’avait conduit à l’église, car cela faisait partie de nos interdits. J’ai constaté cependant que personne parmi eux n’osait m’approcher. Le lendemain de cette folle nuit, j’ai pris la résolution de dire toute la vérité à mon mari. Je lui ai dit qui j’étais réellement. Avec un sang froid étonnant, il a appelé notre pasteur. Ce dernier est venu et mon mari lui a tout dit. Le pasteur a demandé que nous priions ensemble dans la maison, puis il est entré seul dans ma chambre, après que je lui ai indiqué l’endroit où je conservais mes fétiches. Mon mari et moi devrions l’attendre dans le salon. Nous étions assis et j’avais du mal à le regarder dans les yeux. J’étais étonnée de voir que malgré tout, il ne m’en voulait pas. Pour lui, tout le monde pèche par ignorance. L’important était que je me sois repentie et accepté Jésus. Après un moment qui m’a semblé très long, le pasteur est enfin apparu. A vrai dire, je ne m’attendais pas à le revoir vivant. Il tenait mes fétiches dans un morceau de pagne. Il les a emportés pour les faire brûler. Voici comment, depuis de ce jour, j’ai tourné le dos définitivement à la sorcellerie. Avant cela, si l’on m’avait dit un jour que je serais une grande croyante, je serais partie en rigolant. Mais l’Eternel est Dieu et nul ne peut se comparer à Lui. Certes, à plus de 40 ans aujourd’hui, je ne peux plus faire d’enfant, mais mon mari et moi songeons à adopter un petit garçon. Je voudrais aussi vous confier ceci : vous savez, mon mari, je ne suis jamais parvenue à l’atteindre, alors que j’ai tout tenté. J’ai même exposé son cas devant mes confrères lors d’une nos réunions nocturnes. Mais chaque fois que nous décidions d’aller lui régler son compte, nous le trouvions en pleine prière, au milieu de la nuit ! Comme par hasard. Or minuit, c’est le moment idéal pour les esprits qui règnent la nuit. C’était à ne rien comprendre. J’attendais donc une occasion. En fait, je dois dire que mon mari ne s’énervait presque jamais. Pourtant c’est lorsque vous vous énervez que l’esprit malin utilise votre propre colère contre vous pour vous atteindre. D’ailleurs nombre de religions recommandent d’éviter la colère et de ne point rendre le mal par le mal. Voilà ! J’ai fait ce témoignage pas seulement pour partager mon passé, mais pour dire que Dieu est vraiment rempli de compassion pour ses enfants. S’il m’a acceptée après tout le mal que j’ai fait, c’est que son Amour est incommensurable. Depuis ma conversion, je suis dans une joie indéfinissable. La recommandation que je voudrais donc faire à travers mon histoire, chers frères et sœurs, est qu’il faut donner sincèrement sa vie à Dieu, le prier avec ferveur et se détourner des mauvaises pratiques qui ne sont que l’œuvre de l’esprit malin. C’est pourquoi, je vous invite à méditer ce verset : «Voici, celui qui est incrédule n’a pas l’âme droite en lui ; mais le juste vivra par sa foi.» (Habacuc 2:4). Que le Seigneur vous bénisse ! www.sanslimites.org

QUELLE REPUBLIQUE POUR LE SENEGAL

Réinventer notre République (Par Moubarack LO) Un régime constitutionnel, quel qu’il soit, n’a de valeur que par rapport à son adéquation aux réalités locales et à sa capacité à améliorer la qualité de vie de la population qu’il est censé servir. C’est sous cette lumière qu’il nous faut évaluer en permanence le système républicain que nous nous sommes choisi dès le début de notre indépendance. 53 ans après, des interrogations persistent, et le maintien à l’identique des défis (lutte contre la pauvreté, renforcement de la cohésion nationale) qui se posaient à nous en 1960 est la preuve que nos institutions requièrent toujours un ajustement, bien plus profond que les réformes conduites en 1963 (instauration du présidentialisme), en 1970 (création du poste de Premier Ministre) et en 2001 (modification légère du régime présidentiel). L’enjeu consiste pour notre pays à se donner des institutions modernes, à même d’accélérer son émergence économique, sociale et culturelle. Pour atteindre cet objectif, nous devons marquer un vrai tournant et inventer une autre république. Depuis 1963, le Président de la République concentre entre ses mains l’essentiel du pouvoir de décision, tandis que le fait majoritaire rend le parlement inapte à exercer réellement sa mission de contrôle du gouvernement et que le pouvoir judiciaire a du mal à se défaire de l’emprise de l’exécutif. La désignation d’un Premier Ministre, à partir de 1970, n’a pas fondamentalement altéré la nature présidentialiste du régime et le Premier Ministre s’est révélé, dans les faits, être plus un coordonnateur du travail des Ministres (Primus inter Pares) que le chef d’un gouvernement dont le socle demeure le Président de la République qui fait et défait les Ministres. Le terme de « maître du jeu » utilisé par l’ancien Président Abdou Diouf, à l’occasion d’un retour de voyage, illustre parfaitement cette situation. Et, en vérité, le Premier Ministre n’est responsable politiquement que devant le Président, et ses relations avec le Parlement sont quasi-inexistantes puisqu’il ne s’y rend dans les faits, du moins jusqu’à aujourd’hui, qu’une seule fois pendant tout son séjour à la Primature pour prononcer son discours de politique générale. Du point de vue de tous les analystes, la réforme constitutionnelle de janvier 2001 n’a entamé en rien les fondements du régime présidentialiste. Certes, un titre spécial de la Constitution a été réservé au Gouvernement, mais les articles en question n’ont fait que codifier ce que la longue pratique du présidentialisme avait fini de consacrer depuis belle lurette. Ainsi, les Premiers Ministres qui se sont succédé depuis janvier 2001 n’ont guère eu de marge de manœuvre supplémentaire par rapport à leurs devanciers. Et, au delà des personnalités des uns et des autres, et du rapport de forces politique, c’est le texte constitutionnel qui le veut ainsi. Un tel schéma présidentialiste possède des avantages et des inconvénients. Au nombre des points positifs, on peut relever la désignation directe par le peuple du chef de l’exécutif à qui il pourra ultérieurement demander des comptes. En outre, le renforcement de la cohésion de la nation et sa mobilisation autour des tâches du développement peuvent être facilitées par la concentration du pouvoir autour du président, père de la jeune nation et garant de son unité. Cela s’est révélé particulièrement vrai au début des indépendances où tout était à faire, y compris convaincre les citoyens d’adhérer à un « commun vouloir de vie commune ». Toutefois, l’expérience a montré que ces avantages attendus du présidentialisme ont rarement été opérants en Afrique et, en vérité, sauf à de rares exceptions, les présidents élus ou autoproclamés (par suite d’un coup d’Etat) se sont plus préoccupés à asseoir un pouvoir absolu et personnel, et à s’éterniser au sommet de l’Etat, qu’à s’évertuer à faire sortir leur peuple de la pauvreté. Alors que l’humanité aborde un nouveau siècle, plein de promesses pour l’Afrique, il est étonnant que cette situation persiste encore dans nombre de pays du continent. Le présidentialisme, du moins en Afrique, possède en effet des handicaps de taille qui constituent autant de contraintes dans la marche vers l’émergence économique et sociale: • le présidentialisme ne favorise pas la transparence, puisque le Président, véritable monarque républicain, et son équipe ne peuvent être soumis à un contrôle strict de la part des contre-pouvoirs. Les rares protestations des opposants et des forces vives sont alternativement étouffées par le fait majoritaire, l’achat de conscience, l’intimidation ou la répression ; • le présidentialisme n’encourage pas la prise de responsabilité, car, rien ne pouvant être considéré comme définitif tant que le Président n’a pas donné son onction, nul n’accepte de s’engager par peur d’être désavoué et par manque d’autorité suffisante. Le Président Senghor parlait ainsi de « ponce–pilatisme » pour désigner la tendance des uns et des autres à tout ramener à son niveau. En outre, lorsque le Président voyage à l’étranger, le travail gouvernemental ralentit, le Conseil des Ministres cesse de se réunir et, les décisions doivent attendre le retour du Président; • le présidentialisme ne promeut guère la réforme ; le président n’ayant aucun intérêt à saper les bases de sa popularité. L’inertie, le populisme, la multiplication des promesses irréalisables et la recherche permanente du consensus deviennent alors la règle. Toute velléité de réforme est tuée dans l’œuf et reportée aux calendes grecques, sous la pression des revendications corporatistes. De son côté, le Premier Ministre ou le vice-président choisi par le Chef de l’Etat, fait tout pour ne pas créer de vagues et réduire son crédit politique futur. Il évite aussi de trop apparaître et d’occuper la scène, pour ne pas faire ombrage au Président ; ce qui l’empêche parfois de communiquer efficacement avec les populations et de vivre concrètement leurs difficultés; • le présidentialisme empêche l’éclosion de la démocratie véritable. En effet, le Président, maîtrisant sa majorité et étant, souvent, le chef suprême du parti majoritaire peut amener le Parlement, sans besoin de le lui demander explicitement, à jouer un simple rôle de chambre d’enregistrement plutôt que d’être une instance de débats profonds et riches. Au surplus, les partis d’opposition ont du mal à émerger et à recruter des militants de qualité, car la progression dans la carrière administrative et l’accès aux faveurs pour le secteur privé sont, d’une certaine mesure, liés à la proximité ou à la neutralité par rapport au régime en place. La démocratie demeure alors peu développée et l’alternance politique, par des moyens pacifiques, devient fort difficile ; • le présidentialisme génère des relations tendues entre le Pouvoir et l’Opposition, le Président faisant tout pour s’accrocher au Pouvoir et tolérant à peine qu’on daigne lui disputer son poste. L’Armée devient alors très souvent la seule alternative. Les multiples coups d’Etat qui ont émaillé l’histoire récente de notre continent en sont des preuves tangibles. Les élections présidentielles deviennent toujours des moments de crise, le pays pouvant basculer pour un rien vers le chaos. Les tensions persistent au delà des élections ; l’opposition refusant de reconnaître les résultats, ce qui pose une hypothèque sur la paix sociale et décourage les investisseurs de prendre des risques sur le moyen et le long termes. La situation trouble qui a récemment prévalu en Côte d’Ivoire suffit comme exemple éloquent. Ces tares du présidentialisme sont ainsi loin d’être des fictions en Afrique. Certes, une nette amélioration a été constatée ces vingt dernières années. La démocratie progresse un peu partout. Les mandats présidentiels sont de plus en plus limités dans le temps, les nouvelles constitutions ne permettant que deux mandats au maximum, en général d’une durée de cinq ans chacun. De même, dans plusieurs pays, l’Opposition arrive à damer le pion aux partis au Pouvoir, lors des élections municipales ou législatives, voire présidentielles. Ainsi, le Sénégal, le Ghana, le Cap Vert, Maurice et le Kenya, ont tous connu, depuis 2000, des transitions démocratiques pacifiques. L’expérience vécue en 2000 et en 2012, au Sénégal, où les présidents sortants, ont félicité par anticipation leurs challengers, est à ce jour, quasi-unique en Afrique, raison de plus pour la considérer encore comme une exception. Mais, y compris lorsque l’alternance politique se réalise, les travers relevés ci-dessus continuent d’être à l’œuvre dans beaucoup de pays du continent dotés de régime présidentialiste. Les Etats Unis possèdent aussi un régime présidentiel. Mais il a l’avantage de ne pas être présidentialiste. Car, les fondateurs de la démocratie américaine, il y a plus de deux cents ans, ont, dès le départ, veillé à mettre en place un système de « checks and balances » qui fait que le Président partage réellement le Pouvoir de décision d’une part avec le puissant Congrès et la Cour Suprême, au niveau national, et, d’autre part, avec les Etats fédérés. Il doit ainsi constamment composer, négocier et convaincre d’autres forces politiques, y compris d’ailleurs les parlementaires issus de son parti, qui ne suivent pas toujours une logique partisane dans leur vote. Cette limitation du pouvoir d’un Président élu au suffrage universel et unique chef de l’Exécutif n’existe nulle part ailleurs dans le monde. Les pays d’Amérique latine qui ont essayé d’imiter le système présidentiel américain, sans mettre en place les garde-fous qui en sont consubstantiels, n’ont pas connu le même succès. Les crises successives en Argentine, au Pérou et au Venezuela en sont des preuves éclatantes. La France possède également un Président élu au suffrage universel, doté de réels pouvoirs exécutifs, et un Premier Ministre, chef du gouvernement. Mais le Général de Gaule, fondateur de la VIème République avait l’habitude de dire « qu’il ne saurait exister une dyarchie au Sommet ». Cette assertion s’est révélée vraie tant que les deux chefs de l’Exécutif étaient du même bord politique, intimement liés et fonctionnant comme un duo. C’était le cas des couples de Gaulle-Debré et Mitterand-Fabuis. Lorsque le Premier Ministre a cherché à exprimer sa personnalité propre, le Duo s’est transformé en entente cordiale puis en séparation contrainte et forcée. Ce fut le cas du couple Giscard-Chirac, dont les deux protagonistes appartenaient pourtant tous les deux à la Droite. Enfin, dans le scénario d’une majorité parlementaire différente de la majorité présidentielle, la France a dû recourir à la cohabitation. Cela a débouché sur des duels feutrés, gérés pacifiquement, mais ayant eu pour conséquence de ralentir la capacité de réforme de l’Etat français et à brouiller son message sur la scène internationale. Le duel Chirac-Jospin en est la dernière illustration. Plusieurs acteurs de la vie politique française, lassés des blocages causés par l’expérience de la Cohabitation, appellent ainsi de leurs vœux le passage à une Sixième République. En effet, comme l’a montré la crise institutionnelle intervenue au Sénégal en 1962, le bicéphalisme, s’il est mal géré, peut, surtout dans une jeune nation, provoquer un grave conflit entre les deux têtes de l’exécutif et mettre en péril la stabilité du pays. Que retenir de tout cela pour le Sénégal ? D’abord qu’il nous faut dépasser le présidentialisme que nous vivons actuellement, l’expérience montrant que ce n’est pas le meilleur moyen d’accélérer l’émergence économique, sociale et politique de notre pays. Ensuite, que nous devons tenir compte et apprendre du passé, en particulier de la crise institutionnelle de 1962. En même temps, nous devons reconnaître que le Sénégal, en cinquante trois ans, a pu affermir sa maturité politique et s’approprier les idéaux démocratiques. Il continue d’être considéré comme un pays ouvert et tolérant dans le domaine politique, bien que d’énormes efforts restent à faire pour détendre les relations entre Pouvoir et Opposition. Aujourd’hui, rien ne s’oppose à ce que nous retournions à un régime parlementaire, à condition de l’encadrer de garde-fous efficaces. En particulier, il convient de placer le Président de la République au dessus des contingences partisanes et d’en faire le ciment de la nation. Les candidats à l’élection présidentielle devront ainsi démissionner au préalable de tout parti politique, et se présenter de manière indépendante, avec le parrainage de 420 élus, nationaux, locaux ou ruraux, représentant huit régions du pays au moins, à raison de 30 parrainages ou plus par région. Ils pourront alors se prévaloir d’être des candidats du peuple et non des partis. La coupure du cordon liant le Président et les partis sera de nature à prévenir les écueils du système qui prévalait entre 1960 et 1962, dans lequel le Président Léopold Sédar Senghor était également Secrétaire général de l’UPS dont il disputait les faveurs avec son adjoint dans le parti et Président du Conseil Mamadou Dia. Cette compétition a été fatale à l’entente entre les deux hommes et a précipité leur rupture puis l’emprisonnement de Dia, suite aux évènements douloureux que l’on sait. Elle a aussi desservi le pays, car Senghor et Dia étaient connus pour être complémentaires et engagés à faire émerger le Sénégal. Senghor a pu, pendant vingt ans, montrer ses hautes qualités et ses limites. Son bilan est plus qu’honnête, même s’il aurait pu faire mieux, notamment dans le domaine économique. Dia a démarré en trombe sa mission de Président du Conseil. Il a lancé avec succès la planification et le mouvement coopératif, ainsi que des réformes structurelles visant à parfaire les comportements et les pratiques des Sénégalais. Son choix de la vérité et du courage à toute épreuve ne lui a pas fait que des amis. Un peu plus de tact et de mesure lui aurait peut-être facilité la tâche. Demain, d’autres compatriotes reprendront sans doute le flambeau qu’il a allumé. Sans besoin de refaire un procès, qui serait d’emblée biaisé et coûteux en énergie, et qui ne ferait que remuer une plaie, sans présenter un quelconque intérêt pour le futur (l’intéressé l’ayant d’ailleurs lui-même refusé), le peuple pourra se suffire de réhabiliter Mamadou Dia, en lui dédiant par exemple des œuvres architecturales ou des institutions (le Président Diouf l’a fait pour Cheikh Anta Diop), de ne donner raison à aucun des deux protagonistes de l’épreuve de 1962, et de considérer que la politique peut générer le meilleur comme le pire dans une relation humaine. En tout état de cause, le duo superbe, mais manqué, formé par Senghor et Dia, marquera pour longtemps les générations futures. Dans le nouveau schéma institutionnel proposé ici, le Président de la République, prémuni des contradictions partisanes, aura comme missions d’assurer la cohésion nationale, de veiller au respect de la Constitution et au bon fonctionnement des institutions, et surtout, de jouer un rôle de médiation et de régulation entre les différents Pouvoirs, ainsi qu'entre l'Etat et la société. Il demeure Chef suprême des armées, continue de présider les conseils de Ministres, de représenter le pays au niveau international, de nommer les Présidents des hautes juridictions, et de posséder le droit de grâce. Le Président de la République pourra prendre l’initiative de dissoudre l’Assemblée nationale, mais uniquement en cas de blocage manifeste de son fonctionnement. La désignation du Président de la République se ferait au suffrage universel avec un scrutin à un seul tour, pour éviter d’en faire l’otage des coteries et des alliances nouées. Ne pourront se présenter à l’élection que les candidats âgés de 45 ans ou plus, pour des raisons liées à l’expérience et à la sagesse. Le mandat du Président sera de six ans non renouvelables. Dans l’idéal, le Peuple devra choisir une personnalité consensuelle, connue pour sa modération, son intégrité morale, sa capacité de jugement, sa sagesse, son enracinement dans les valeurs culturelles de la nation, son esprit de dépassement et son sens élevé de l’intérêt général. Ce Président rassembleur et patriarche de la grande famille sénégalaise, aurait à ses côtés, un Conseil des Sages de sept membres, réputés pour leur compétence, leur sagesse et leur esprit indépendant, choisis dans diverses sphères de la nation, qui se réuniraient périodiquement pour scruter l’évolution du pays, sur le plan politique, diplomatique, économique, social, culturel et psychosociologique, et faire des recommandations au Président qui en ferait une large diffusion au sein de la nation, pour lancer des débats sur des réformes salutaires. Les Sages, qui pourraient s’appuyer sur des experts, réfléchiraient également sur les tensions latentes de la société, de manière à anticiper les crises et leurs sources. Le Président choisit le chef du gouvernement au sein du parti ou de la coalition majoritaire au Parlement. Dans tous les cas de figure, l’on ne pourra pas parler de Cohabitation, puisque le Président n’appartient à aucun camp et se place au dessus de la mêlée. Le Premier Ministre pressenti par le Président est confirmé par le Parlement, à l’issue d’un vote de confiance. Le Parlement pourra le censurer à tout moment. La législature a une durée de quatre ans. Le Premier Ministre détient, avec son gouvernement, la réalité du pouvoir exécutif, détermine et conduit la politique de la nation, et dispose du pouvoir réglementaire. Il choisit librement ses Ministres (dont le nombre est réduit à 20 Ministres au maximum) qui sont nommés par décret du Président de la République contresigné par lui-même. Une consultation se fera entre le Président et le Premier Ministre pour ce qui concerne les postes de la défense, des affaires étrangères et de la Justice. Le Premier Ministre s’engage sur un vrai projet de société et sur un vrai agenda, chiffré et daté (de manière globale, puis ministère par ministère), préparé longtemps en avance, suivi (à travers un tableau de bord et des indicateurs de progrès) et évalué en permanence. Il fait pression sur les ministres et les réunit périodiquement en séminaire gouvernemental sur des thèmes liés à la Réforme (y compris un séminaire résidentiel annuel durant lequel il est discuté de la stratégie d’action du gouvernement). Il préside aussi des conseils interministériels, sur des thèmes précis, programmés en début de l’année pour les douze mois à venir. Lorsque le Président voyage à l’étranger, il le supplée et préside lui-même le Conseil des Ministres, selon un ordre du jour arrêté avec le Président. Il fait tenir, par le Secrétaire général du Gouvernement et par ses conseillers, des réunions ministérielles pour arbitrer tous les dossiers qui impliquent plus de deux ministères. Il se concerte activement avec les forces vives de la nation et vient toutes les semaines, entouré de ses Ministres, devant le Parlement, pour défendre les actions de son gouvernement et indiquer très clairement sa manière de prendre en charge les urgences de l’heure. Chaque année, il dresse le bilan de son action qui est discuté en séance plénière au parlement et diffusé dans tout le pays. Au total, ayant à cœur de réussir la bataille pour l’émergence économique, le Premier Ministre veille, dans le respect des règles démocratiques et des libertés publiques, à mener les réformes indispensables pour transformer structurellement le pays, restaurer la discipline, le civisme ainsi que l’autorité de l’Etat, changer les comportements des citoyens et les rendre productifs, innovants et compétitifs. Le Premier Ministre quitte ainsi l’habit ingrat et contre-productif de «fusible du Président» pour revêtir celui, plus utile pour l’émergence, de «chmpion des réformes». Au plus haut niveau de l’Etat, le Président de la République pourra alors jouer un rôle de «pacificateur» et de réducteur des tensions, qui couvre, alerte et éclaire le Gouvernement pour lui permettre de réaliser son programme. Ce partage efficace des rôles entre Président et Premier Ministre ne peut guère prospérer avec l’actuel système présidentialiste, car le Chef de l’Etat doit prendre sur ses épaules la mission impossible de « moteur du changement » (mouvement) doublée de « garant du consensus » (conservation); le Premier Ministre n’étant considéré que comme un collaborateur et un assistant dans la résolution de ce terrible dilemme. Bien utilisé, le régime parlementaire de type nouveau esquissé ici possède plusieurs atouts favorables à l’émergence économique et sociale: • soumis à la pression et au contrôle permanent des parlementaires et de l’opinion publique, le Premier Ministre et son gouvernement s’évertuent à engager de vraies réformes, à faire régner la transparence et à satisfaire la demande citoyenne et la demande sociale (1); • moins exposé aux lourdes exigences protocolaires que le Président en régime présidentialiste, le Premier Ministre possède plus de marge de manœuvre pour aller sur le terrain, vivre directement les problèmes des populations et trouver des solutions pratiques avec elles; • le Peuple accepte naturellement que le Premier Ministre donne aux dossiers davantage de technicité et de rigueur scientifique. Le pays y gagne en qualité et en rationalité des décisions publiques ; • les institutions politiques deviennent plus démocratiques, plus respectueuses des normes, des règles et des libertés humaines, mais aussi plus impersonnelles. L’Etat de droit peut alors faire jour; • le Président ne détenant plus la réalité du pouvoir exécutif et se posant en garant du consensus national, les coups d’Etat perdraient quelque peu de leur sens. Une telle préservation du caractère démocratique des institutions n’a pas de prix pour l’Afrique d’aujourd’hui; • les pays qui ont émergé récemment (Malaisie, Singapour, particulièrement) l’ont été sous la houlette de Premiers Ministres volontaristes (respectivement Mahathir Mohammed et Lee Kuan Yiew), reconnus pour leur détermination à tirer leurs pays du Tiers Monde (« Third World ») et à les aligner sur les meilleurs exemples internationaux (« First World »), mus moins par la recherche de la popularité que par le souci de faire des résultats et qui, au final, sont devenus respectés par leur Peuple parce qu’ils ont su rehausser le rang de leur pays dans le concert des nations. L’inconvénient principal du régime parlementaire, c’est l’instabilité gouvernementale qu’il peut engendrer, soit que des majorités nettes ne se dégagent pas au Parlement ou que le Premier Ministre soit l’otage de son parti ou de sa propre majorité. L’omnipotence du Législatif tendrait alors vers un « régime d’Assemblée », manipulé lui-même par le parti ou la coalition majoritaire dont le Bureau exécutif règlerait, à distance, le fonctionnement du Gouvernement. Pour prévenir cette confusion des Pouvoirs, dangereuse pour la démocratie et pour la survie des principes républicains, il importe de maintenir les instruments du parlementarisme rationalisé, donnant au Gouvernement les moyens de se mettre à l’abri des humeurs parlementaires et d’être capable, à tout moment, sauf si l’Assemblée lui retire définitivement sa confiance, de mettre en œuvre son programme. Le Premier Ministre pourra également demander au Président de la République, deux ans au moins après des élections législatives, de prononcer la dissolution de l’Assemblée nationale, et provoquer ainsi des élections anticipées. Le Président de la République ne peut le lui refuser. Il convient aussi d’adjoindre à la réforme institutionnelle l’introduction d’un scrutin uninominal majoritaire intégral à un tour, pour les élections législatives (comme c’est le cas (couplée à la mise sur pied d’une commission électorale indépendante, de manière à assurer la sincérité du vote), ceci pour pousser les partis à se regrouper, favoriser l’émergence d’une majorité claire dès la proclamation des résultats des élections, plutôt que d’attendre que les partis finissent de marchander au Parlement. La transhumance serait aussi interdite pendant l’exercice du mandat parlementaire, comme c’est le cas aujourd’hui, pour préserver la solidité des majorités. Le statut de l’Opposition serait réellement opérationnel, avec un chef de l’Opposition parlementaire reconnu institutionnellement et un « Shadow Cabinet » à la britannique qui prépare un programme alternatif applicable immédiatement si le gouvernement est renversé au Parlement ou que des élections se déroulent. L’expérience montre que l’existence de blocs politiques limités et homogènes, pouvant aller jusqu’à la bipolarisation (c’est le cas dans la plupart des grandes démocraties du monde), facilite la clarté des débats et des choix politiques, donne plus de vigueur et d’efficacité au travail gouvernemental et encourage le respect mutuel entre des acteurs de la classe politique appelés à alterner à la tête de l’Etat. Ceux-ci peuvent en outre développer, progressivement, des éléments de consensus et des majorités d’idées sur les questions clés comme le développement économique, la gestion des finances publiques ou la politique extérieure du pays. Serait alors garantie la continuité des politiques publiques et des réformes essentielles, surtout si l’on systématise l’institutionnalisation des secrétaires généraux dans les ministères, choisis parmi les meilleurs cadres et dotés de réels pouvoirs de coordination et de rationalisation du travail dans leurs ministères respectifs. L’Administration, devenue neutre, républicaine et isolée des partis politiques, pourra ainsi se concentrer sur son rôle catalyseur de la transformation structurelle du pays. Le pendant d’un Premier Ministre fort et efficace, c’est un Parlement (composé d’une seule chambre, l’Assemblée nationale) renforcé dans ses moyens humains et matériels (recrutement d’administrateurs et d’assistants parlementaires, création de bureaux d’analyse et de centres de documentation bien fournis), et à même de réaliser des missions d’étude, d’enquête, de contrôle et d’évaluation des politiques publiques. Un parlement animé par de vrais parlementaires, compétents et alphabétisés, et pas seulement par des militants politiques qui ne s’intéressent que très peu à la vie parlementaire. Un Parlement capable d’attirer les vraies élites du pays, y compris les élites rurales émergentes, qui, dépitées, fuient aujourd’hui la politique, lui préférant une vie paisible et tranquille. Le débat parlementaire et la vie politique nationale pourront alors retrouver une certaine crédibilité et se hisser au niveau que mérite le pays. Le Pouvoir judiciaire doit aussi bénéficier de la plénitude de ses attributions. Le Parquet devrait ainsi cesser d’être sous la coupe du Ministère de la Justice et les juges exercer leurs compétentes en toute indépendance et en toute équité, n’ayant pour tutelle que leur conscience devant Dieu et devant le Peuple. Une République moderne, c’est aussi des forces de l’ordre républicaines, une presse libre, indépendante et responsable, des syndicats isolés des influences partisanes et capables de conclure un pacte avec l’Etat et le patronat pour gagner le pari de l’émergence, et des citoyens pro-actifs et consciencieux. En définitive, la réinvention de notre République vise à donner tout son sens à la souveraineté populaire qui doit être la finalité et l’instrument de tout pouvoir. Il y est recherché aussi plus d’efficacité et plus de pragmatisme, notre attention ne devant se porter que sur ce qui permet au Sénégal d’avancer vers le progrès et, et non sur ce qui donne à une minorité les moyens de prendre en otage le Peuple et de vivre uniquement ses propres rêves. Aujourd’hui, il s’agit de faire un choix clair et de sortir le pays des incohérences qui ont jusqu’ici retardé son émergence. Note : (1) La demande citoyenne vise la bonne gouvernance, l’état de droit, la participation des populations, l’efficacité et la transparence des politiques publiques. Tandis que la demande sociale a pour objet la satisfaction des besoins sociaux de base (éducation, santé, électrification, accès à l’eau potable, au logement et aux moyens de transport, etc .). Par Moubarack LO Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris

dimanche 24 novembre 2013

DANS QUEL MONDE SOMMES NOUS

Mobilisation des lutteurs pour la libération d’un présumé « trafiquant de drogue » : Le ridicule ne tuera jamais les illettrés Dimanche 24 Novembre 2013 - 11:17 A peine fut entamée la rédaction d’une contribution sur l’impact dans les rangs du discours du Chef de l’État Macky SALL lors de la Journées des Armées, que nous nous imposions l’épreuve du décryptage de la marche, dirigée par le zélé « roi des arènes », pour exiger la relaxe du promoteur Luc Nicolae. Cette marche, initialement prévue pour ce jeudi 15 novembre 2013, fut fort heureusement, interdite à la dernière minute, par le préfet de Mbour. Pensant que celle-ci allait être autorisée, nous écrivions, la veille de sa tenue, ce que vous lirez ci-dessous. Mobilisation des lutteurs pour la libération d’un présumé « trafiquant de drogue » : Le ridicule ne tuera jamais les illettrés Convenons-en. Si Luc Nicolaï est vraiment innocent, les juridictions sénégalaises n’attendront jamais une quelconque intimidation pour le libérer. Quel intérêt l’État sénégalais, et surtout nos juges, auraient-ils à maintenir dans les geôles déjà bondées de monde un individu qui ne constitue aucune menace, qui n’a commis aucun délit ou crime ? Il n’y a que l’illettrisme criminogène de ces sportifs qui peut expliquer cette volonté de tenir tête aux agents de contrôle et aux institutions sénégalaises. Mais attention ! Une autre question mérite réflexion. Cette marche n’aurait lieu qu’à la seule condition que les autorités aient donné leur approbation. Combien de marches ont été interdites sur, quelque fois, l’argument de « trouble ou de possibles menaces à l’ordre public » ? Des manifestions interdites donc, en raison de leurs caractères singulièrement illégaux quoique le droit à la marche soit inscrit comme principe constitutionnel incontestable. Même le cas Karim WADE, que le PDS aurait pu, par maintes ruses, utilisé pour réclamer la légitimité d’organiser des manifestations récurrentes et dénoncer l’emprisonnement de ce dernier, en s’appuyant notamment sur l’argument de « condamné ou prisonnier politique » afin de déstabiliser le Pouvoir en place, susciterait de nombreux doutes sur la bonne foi des organisateurs, dont le Peuple décrie encore et toujours la gestion quand ils tenaient les rênes de pouvoir. Pourquoi donc tant de zèles chez ces lutteurs qui osent croire qu’une marche pourrait faire reculer notre justice à laquelle même notre président Macky SALL ne saurait se soustraire ? Auraient-ils oublié que le roitelet de Bèthio THIOUNE, qui se croyait tout permis, a été ramené à son statut de simple citoyen du fait de son « implication » dans l’assassinat de deux de ses disciples ? D’aucuns croient, d’ailleurs, que si les preuves concordent pour l’incriminer, il n’aurait pas sa place auprès de ses épouses, mais plutôt en prison, quand bien même son état de santé resterait dégradant. Au-delà de l’inculture de ses lutteurs de l’arène, c’est véritablement l’illusion de la « noblesse » et de la « bourgeoisie » montante qu’ils « constituent » grâce aux cachets mirobolants de leurs contrats, mais également, l’infléchissement des valeurs sociétales sur leur popularité inique qui expliqueraient leur attitude audacieuse. Aux autorités, nous disions, dans l’une de nos contributions publiées sur de nombreux sites (Internet), que l’utilisation de l’image de Balla GAYE 2 pour ramener la paix en Casamance, plus qu’une erreur, était une insulte à toute l’ « intelligentsia » scientifique, diplomatique, politique et religieuse du Sénégal. Ne dites jamais à un singe qu’il est la meilleure créature de Dieu car il risquerait de se prendre un jour pour Dieu Lui-même. Ce rétablissement des faits et de la mémoire n’est, en aucun cas, ni une prévarication ni une invective à l’endroit de monsieur Luc Nicolaï (ou de qui que ce soit), à qui nous souhaitons d’ailleurs, une rapide relaxe si son innocence est avérée. Notre propos se veut sans ambages : La « nouvelle bourgeoisie illettrée » de la lutte sénégalaise doit être rappelée à l’ordre à temps, avant qu’il ne soit trop tard. Le Sociologue Rebelle

samedi 23 novembre 2013

COMMENT ASSUMER L HISTOIRE PERPÉTUELLEMENT REECRITE

Abdoulaye Wade : "Assumer l'histoire, quelle qu'elle soit " Samedi 23 Novembre 2013 - 20:04 Dans un hors-série du Monde paru en novembre 2008, Abdoulaye Wade, alors président du Sénégal depuis mars 2000, revenait sur l'instauration de la Journée du tirailleur. Avocat et éternel opposant à Léopold Sédar Senghor, Abdoulaye Wade s'est fait connaître par ses opinions tranchées et son franc-parler. Attaché à la réhabilitation du rôle des troupes coloniales, il répète avec vigueur que l'homme africain est bien entré dans l'histoire comme "bâtisseur du monde libre". Fils d'un tirailleur sénégalais, il évoque pour Le Monde l'histoire de son père et, au-delà, celle de ces centaines de milliers d'Africains partis se battre dans les tranchées de Verdun ou de la Somme. Abdoulaye Wade : "Assumer l'histoire, quelle qu'elle soit " En juin 2008 a eu lieu pour la quatrième fois, à Dakar, la Journée du tirailleur afin d'honorer les combattants des troupes coloniales qui se sont battues aux côtés de la France. Vous tenez beaucoup à cette cérémonie, pourriez-vous nous expliquer pourquoi ? ABDOULAYE WADE : Tous les Africains, particulièrement ceux de l'Ouest, et parmi ceux-ci les Sénégalais, sont très sensibles à tout ce qui touche les tirailleurs. Cela fait partie de notre histoire. Malheureusement, on avait tendance à les oublier. Par nature, j'étais enclin à plaider pour que les tirailleurs sénégalais (on qualifie ainsi indistinctement toutes les troupes coloniales noires) soient mieux perçus. Quand j'étais étudiant, j'ai visité plusieurs cimetières de soldats de la force noire en France. Pour faire connaître cette histoire, j'ai eu l'idée de lancer une Journée du tirailleur sénégalais afin d'expliquer chaque année la participation des soldats africains à la libération de la France et, au-delà, à la création du monde où nous vivons aujourd'hui, qui est un monde de liberté. J'ai donc consulté autour de moi, notamment le président Chirac, qui s'est dit enchanté. J'ai rencontré ensuite mes collègues présidents africains ainsi que les chefs militaires pour arriver au lancement de cette manifestation. Cette journée consiste en une cérémonie devant la gare Dakar-Niger, où arrivaient les tirailleurs avant de prendre le bateau pour la France. Les troupes défilent devant la statue de Dupont et Demba, qui représente un tirailleur et un poilu de la Grande Guerre. Cette statue n'est-elle pas un vestige du colonialisme? Cette statue, ce n'est pas moi qui l'ai commandée. Je pense qu'elle date de l'époque de Léopold Sédar Senghor [président du Sénégal de 1960 à 1980], lui-même ancien tirailleur sénégalais et prisonnier de guerre. Je comprends parfaitement que ce symbole ait eu une signification pour lui. Mais à son départ, on l'a enlevé. Un beau jour, je passe à l'endroit où elle était d'habitude, et elle avait disparu. Elle avait été reléguée dans un cimetière. Quand je suis arrivé au pouvoir, j'ai demandé qu'on aille la chercher car, pour moi, elle représente un pan de notre histoire. Il faut assumer l'histoire, quelle qu'elle soit. Il ne faut pas en effacer une partie parce qu'elle dérange. Ceux qui font des critiques trop sévères vis-à-vis des tirailleurs ou des régimes de l'époque et de Blaise Diagne [premier député noir à la chambre des députés], qui est à l'origine de l'engagement massif des tirailleurs dans la première guerre mondiale, sont des gens qui ne sont pas très justes. Certains qualifient Diagne d'agent de l'impérialisme. Je pense qu'ils ont tort. Pour apprécier son apport à l'histoire de l'Afrique, il faut le replacer à son époque, qui était une époque de non-droit. Les Africains n'avaient pas de droits. Ils étaient des sujets français. Et à cette époque, un homme s'est singularisé en prenant la défense des Noirs, c'était Diagne. A l'époque, les Sénégalais étaient contents de voir un Noir au Palais-Bourbon défendre la race noire. Il se battait contre le racisme. On récitait ses paroles, comme plus tard celles d'Aimé Césaire. Pour nous, Blaise Diagne était un symbole. Votre histoire familiale est liée aux tirailleurs et à la guerre de 14-18... Mon père et mon oncle sont tous les deux nés à Saint-Louis au Sénégal. En 1915, il y a eu une loi qui a permis aux citoyens des quatre communes (Dakar, Gorée, Rufisque et Saint-Louis) de devenir français. Mais c'est une loi ultérieure, datant de 1917, qui en a fait des Français. Je suis dans ce cas-là : natif de Saint-Louis et donc, de ce fait, automatiquement français. L'avantage, c'est que nous étions ce que l'on appelait des "originaires". Dans l'armée, nous partagions le même régime que les Français : les mêmes vêtements, le même casque. Lorsque la première guerre mondiale a éclaté, la France a d'abord appelé ses citoyens. Tous ceux qui avaient la nationalité française devaient se présenter et faire leur service. Mon père et son frère, natifs de Saint-Louis, étaient concernés. Les Français ont regroupé tous les appelés à Thiès. C'est là qu'on formait les régiments qui partaient ensuite par mer pour la France. Mon père et mon oncle sont partis dans deux bateaux différents et à des dates différentes. Quand mon père est arrivé à Marseille, on l'a dirigé vers le front pour participer à la bataille de la Somme. Après, il a fait Verdun. Mon oncle lui a débarqué à Bordeaux, avant d'être envoyé directement en Afrique du Nord. Tous les deux ont fait la guerre, mais l'un s'est battu et l'autre pas. Mon père, blessé en 1917, est venu à Dakar en congé. Il a été soigné à l'hôpital principal de Dakar, on y trouve d'ailleurs encore son bulletin de santé. Après la guerre, mon oncle s'est vu remettre la Croix de guerre ainsi que d'autres médailles, il percevait également une pension. Et votre père ? Mon père fréquentait le foyer des anciens combattants à Dakar, mais il était vexé parce que lui n'avait pas eu de médaille. Même les avantages qu'on offrait aux anciens combattants, il n'y avait pas droit. Cela le révoltait. Un jour, il est venu me voir, j'étais devenu avocat, pour me demander de résoudre son problème. Je lui ai dit : "Papa, il n'y a pas de problème. La pension que vous recevez de la France, c'est trois fois zéro. Si tu veux, tous les mois, je te donne dix fois ça et on n'en parle plus, plutôt que de se lancer dans des procédures." Il est parti. Puis, un jour, il est revenu et m'a dit : "Je sais que tu as la capacité de résoudre mon problème, mais tu ne veux pas le faire. Je te préviens. Si tu ne le résous pas avant ma mort, je demanderai à Dieu que l'on ne se revoie pas dans l'au-delà." Je ne sais pas si vous voyez ce que cela provoque dans la conscience d'un musulman ? J'étais tellement secoué que j'ai confié mon cabinet d'avocats pour aller m'installer à Versailles en jurant : " Je ne bougerai pas d'ici avant d'avoir réglé ce problème ! " C'était au début des années 1980. J'ai donc commencé et j'ai fini par tomber sur un jeune colonel qui m'a aidé. Mais j'ai bénéficié d'une chance extraordinaire du fait de mon passage dans l'armée française. A l'époque, j'avais été affecté dans l'intendance, où je transcrivais des fiches. Je me suis dit que la confusion venait peut-être de là. Cette hypothèse s'est confirmée, parce que chez nous, on a l'habitude d'ajouter le nom du grand-père ou de la grand-mère au nom des enfants. Mon père s'appelait Momar Wade, mon oncle, Magatte Wade et mon grand-père, Massamba Wade. Ils s'appelaient donc Momar Massamba Wade et Magatte Massamba Wade. Je me suis donc dit : "Celui qui tenait les fiches était un Français qui n'avait pas connaissance de cela. Il s'est dit qu'il s'agissait d'une seule et même personne et il a tout fusionné." C'est exactement ce qui s'était passé. Charles Hernu, à l'époque ministre de la défense, lui a écrit une lettre : "Après des recherches fructueuses, nous avons pu attester que vous êtes un ancien combattant, que vous vous êtes battu dans la Somme, à Verdun", etc. Il lui a remis la Croix de guerre, la Légion d'honneur... Mon père était fier de ses médailles. Il les portait tous les jours sur son boubou. Cette guerre est importante dans votre histoire personnelle, mais est-ce aussi le cas pour les Sénégalais et les Africains en général ? La guerre 14-18 présente pour nous une grande importance et peut-être aussi un tournant dans l'histoire des rapports entre le Sénégal et la France. Faidherbe a créé le premier régiment de tirailleurs sénégalais en 1857. Certains tirailleurs ont participé à la guerre de 1870. Lorsque la guerre éclate, le 3 août 1914, vingt-sept soldats se portent volontaires ; en septembre, on en comptait deux cent vingt. Par la suite, la France a décrété qu'il fallait recruter des soldats dans toute l'Afrique. Les gouverneurs avaient reçu des instructions. Ce qui s'est passé alors est assez mal connu. Beaucoup de gens ne voulaient pas être soldats. Ils se sont sauvés. Il y a eu des exodes en Gambie, dans les territoires anglais, où le service n'était pas obligatoire, en Sierra Leone, etc. Les Français ont fait appel aux chefs religieux, notamment aux deux grandes confréries : les mourides et les tidjanes. Cheikh Ahmadou Bamba a donné plus de cinq cents soldats. Idem pour le calife des tidjanes. Ils ont réussi à convaincre les Sénégalais à s'engager dans l'armée. On a donc d'un côté les volontaires et de l'autre ceux qui étaient obligés de s'engager. Lorsque Clemenceau lance l'idée de faire venir quarante-sept mille soldats d'outre-mer, on assiste à de nombreuses révoltes. Au Mali, au Bénin, un peu partout en Afrique. Clemenceau a fait appel à Biaise Diagne. Ce dernier est venu en Afrique. Il a fait le tour des différents pays et multiplié les discours. Au lieu des quarante-sept mille soldats souhaités, il est parvenu à en recruter dans un premier temps soixante-dix mille. Il leur disait : "Vous voulez des droits. Si vous vous battez avec les Français, après la guerre, vous aurez les mêmes droits." Sa tournée l'a emmené dans toute l'Afrique occidentale française (AOF). C'est ainsi que les soldats sénégalais ont progressivement été engagés dans l'armée française. Ils ont participé à toutes les grandes batailles : la Somme, Verdun, la Picardie, le Chemin des Dames... Les soldats de l'Afrique de l'Ouest n'étaient pas seuls. La France avait aussi pris des soldats en Afrique équatoriale française (AEF) : Gabon, République centrafricaine, etc. Ils n'ont fourni que quinze mille soldats. Elle avait recruté à Madagascar (quarante et un mille), sur la Côte française des Somalis et en Inde. Les soldats africains représentaient environ deux cent vingt mille soldats, parmi lesquels soixante-dix pour cent d'Africains de l'Ouest. Ils ont participé à la guerre, puis ont été libérés par la suite. Ils n'ont eu aucune difficulté pour avoir des pensions, et il n'y a pas eu de problèmes avec les anciens combattants de la guerre 14-18, mais ils n'ont pas obtenu les droits politiques qu'ils espéraient. Au moment des indépendances, les tirailleurs ont été considérés comme des "suppôts " du colonialisme. Certains présidents africains ont dit qu'il fallait supprimer les pensions des tirailleurs sénégalais, et ces dernières ont été "cristallisées", gelées, par la France. Effectivement, Michel Debré [alors Premier ministre] a considéré qu'il fallait découpler les pensions des Africains des pensions des Européens. Selon lui, les Africains vivant chez eux avaient besoin de moins d'argent que les Européens vivant en France. L'autre argument, c'était de dire que si on leur donnait trop d'argent, cela risquait de créer de trop fortes disparités au sein des villages dans lesquels ils vivaient. Les pensions ont donc été cristallisées [gelées]. Cela a fait l'objet de revendications très nombreuses de la part des chefs d'Etat et des intéressés eux-mêmes. Certains sont allés jusqu'au Conseil d'Etat en France. Moi-même, j'ai travaillé là-dessus. C'est grâce à ces revendications que le président Chirac a décidé de rétablir les droits de ces anciens combattants. Nous étions surtout soutenus par les anciens combattants français. Ils se sont toujours battus unanimement pour le rétablissement des droits des tirailleurs. Le film Indigènes a fait progresser, en France, la prise de conscience du rôle des troupes coloniales dans les deux conflits mondiaux. Avec cette Journée du tirailleur, vous partagez cet esprit. De quelle manière, selon vous, ce message pourrait-il être mieux transmis en France? Je crois en fait que c'est la Journée du tirailleur qui a inspiré le film Indigènes. Nous voulons mettre l'accent sur l'Afrique au sud du Sahara, avec le rôle du tirailleur sénégalais, noir, mais nous n'ignorons pas les tirailleurs algériens, tunisiens ou marocains [l'Afrique du Nord a fourni deux cent soixante-dix mille combattants en 14-18]. Je constate d'ailleurs que le réalisateur nous a rendu la monnaie de notre pièce, car il n'y a presque pas de Noirs dans son film. J'ai demandé que la question des tirailleurs soit intégrée dans les manuels scolaires pour que les élèves sachent qu'à un moment donné, pour certains Sénégalais et certains Africains, la patrie, c'était la France. Ils l'ont assumé. Ils ont fait la guerre. Certains ont disparu. D'autres sont revenus. Il ne faut pas changer l'histoire simplement parce que cela ne nous arrange pas, parce que cela ne correspond pas à nos vues aujourd'hui. A l'époque, les gens étaient très fiers de dire qu'ils étaient des Français. S'ils ne s'étaient pas sentis français, ils ne se seraient pas battus. Le mot d'ordre des tirailleurs, c'était "morts pour la France". De nos jours, nous ne le concevons pas. Les travaux sur les tirailleurs sont nombreux aujourd'hui. Nous avons notre musée. Et je suis particulièrement frappé par la sensibilité dont fait preuve la population française à l'égard du problème des tirailleurs. Nous avons même décidé d'organiser des pèlerinages en France, en accord avec les anciens combattants français. Je pense que c'est très important. Vous avez également évoqué l'idée qu'un mémorial au tirailleur soit érigé en France. Vous pensiez à un monument comme celui de Vimy pour les Canadiens ? Je pense que ce ne serait que justice. Il faut se rappeler que la statue Dupont et Demba a été sculptée par un Français. Elle symbolise une camaraderie de gens qui ont vécu ensemble, qui ont fait la guerre ensemble. Pourquoi ne pas la dupliquer et lui trouver une place en France ? Ce serait bien que les gens se souviennent. Vous verriez bien cette statue à Paris ? A Paris ou à Lyon... Ce sont les soldats sénégalais qui, avec Faidherbe, avec Coppolani, sont allés conquérir le Sénégal, la Mauritanie, le Mali, la Guinée, la Côte d'Ivoire, jusqu'à Madagascar. Après la deuxième guerre mondiale, ce sont les mêmes Sénégalais qu'on a utilisés pour aller en Indochine et en Algérie. Je n'en ai pas honte. Je le dis aux autres chefs d'Etat africains. Il y en a un qui nous a dit : "Vos ancêtres étaient des mercenaires." C'est absurde. Il faut replacer les choses dans leur époque. Je comprends ces tirailleurs qui sont allés se battre, c'est à cela qu'ils croyaient. C'est pourquoi je veux les réhabiliter. Pour faire mieux connaître cette histoire, vous avez organisé un colloque en septembre à Dakar sur les forces noires pendant la première guerre mondiale. Considérez-vous que, comme l'a dit Nicolas Sarkozy en juillet 2007, que " le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire " ? J'ai soutenu et parrainé l'organisation de cette manifestation, qui avait eu lieu auparavant à Metz. Ce colloque visait à mettre en lumière les différences de traitement entre les tirailleurs sénégalais, les soldats des Antilles et les soldats noirs américains. En dehors des ressortissants des quatre communes, qui avaient le statut de citoyen, tous les autres étaient des sujets français. Après, nous avons assisté à l'émancipation, puis à l'indépendance. Ces initiatives nous permettent de montrer aux Français que nous sommes fiers de notre histoire commune. N'oublions jamais que l'homme africain n'a jamais été un sujet couché. Il a toujours résisté au colonialisme comme à l'apartheid. Nous avons avec la France une histoire commune, faite de douleurs et de souffrances mais aussi de valeurs communes comme la liberté, la justice et la démocratie. La France ce n'est pas seulement Faidherbe et les colonisateurs, la France c'est aussi le pays des Lumières et de la Révolution. La France a répandu les idées de liberté et de droits de l'homme. Il faut maintenant enseigner l'histoire des tirailleurs et qu'elle soit présente dans les manuels scolaires, pour proposer un regard nouveau sur la relation afro-occidentale. Il y a eu sur ce sujet un silence coupable de mes devanciers, qu'il faut rectifier. Pour ce qui concerne la seconde partie de votre question, ne nous trompons pas d'adversaire. Nicolas Sarkozy est un ami de l'Afrique. Le président en l'occurrence a été victime de son "nègre", si je puis dire, c'est-à-dire l'auteur de ce discours. Si Henri Guaino connaissait l'histoire des tirailleurs, il saurait que le Noir est bien installé dans l'histoire et que nous étions là chaque fois que la liberté a été menacée. Peut-on être mieux installé dans l'histoire ? Quant à l'expression de "peuple emprunteur" qu'il a employée – il n'était pas le premier –, c'est oublier l'apport de l'Afrique à l'histoire de l'humanité, pas sous le colonialisme, mais avant, dans l'Antiquité. L'essentiel aujourd'hui, c'est de bâtir de nouvelles relations qui soient des relations de coopération, d'amitié. Autrement, on n'avancera pas. Imaginez si vous continuiez de reprocher aux Anglais d'avoir brûlé Jeanne d'Arc ou bien aux Romains d'avoir tué Vercingétorix... Malheureusement, l'histoire se construit comme ça. Ce qu'il faut espérer, c'est que nous allons pouvoir, en nous appuyant sur cette mémoire, construire un monde dans lequel il n'y aura plus toutes ces violences et tous ces antagonismes. Je suis peut-être un rêveur. Mais on peut me permettre de rêver. 14-18, les traces d'une guerre, hors-série Le Monde, novembre 2008. Olivier Herviaux Journaliste au Monde

LES EMPLOIS DE TROP

Mbacké Seck sur l'agence nationale d'assistance à la sécutiré de proximité «C'est une véritable milice» La création de l’Agence nationale d’assistance à la sécurité de proximité continue de faire des vagues. Après la sortie au vitriole du leader de Bës Du Niakk le week-end dernier, c’est au tour de Mbacké Seck, membre du Secrétariat national de Rewmi, de tirer la sonnette d’alerte sur ce qu’il considère comme «le dernier maillon d’une dictature». Mbacké Seck sur l'agence nationale d'assistance à la sécutiré de proximité «C'est une véritable milice» 0 inShare La mise sur orbite de l’Agence nationale d’assistance à la sécurité de proximité cristallise les contestations et autres inquiétudes de la classe politique. La semaine dernière seulement, le chef de file de Bës Du Niakk, Serigne Mansour Sy Djamil, alertait l’opinion sur le danger que constitue la nouvelle trouvaille du Président Sall. Serig ne Mansour Sy Diamyl qualifiat la structure en gestation, de «milice». Dans le même sillage, l’ancien président du Conseil national de la jeunesse et actuel membre du Secrétariat national de Rewmi, Mbacké Seck, attire l’attention des Sénégalais sur ce qualifie de «véritable milice en gestation». Selon le chargé de la vie associative au parti d’Idrissa Seck, «l’Agence nationale d’assistance à la sécurité de proximité est aujourd’hui le dernier maillon pour installer la dictature dans toutes ses latitudes». «Quand Me Khaly Niang (Dg de ladite agence) a parlé du décret 2013. 10-63 du 05 août, portant création de cette agence de proximité, cela a suscité tout de suite notre inquiétude», a fait savoir l’ancien président du Conseil national de la jeunesse, au cours d’un entretien. «Aujourd’hui, ajoute-t-il, la société civile est décapitée et toutes les grandes plumes de la presse sont embastillées au Palais», s’offusque l’ancien chargé de la communication de la Fédération sénégalaise de football. «L’Apr a annoncé la création d’une télévision et d’une radio. Avec ce népotisme, l’autre élément de dictature, c’est la proche famille du Président qui est au cœur de l’Etat», se désole Mbacké Seck. «Dans sa Déclaration de politique générale, rappelle M. Seck, le Premier ministre a annoncé que tous les dispositifs financiers pour accompagner les projets d’emploi des jeunes seront gérés dans la transparence et l’équité. Mais aujourd’hui, nous sommes inquiets de voir que c’est le cousin du Président, en l’occurrence Abdoulaye Timbo qui gère le Fnpj (Fonds national pour la promotion de la jeunesse et Birame Faye, membre de la famille du chef de l’Etat, qui gère l’Anej (Agence nationale pour l’emploi des jeunes).» Les points noirs de l’Acte III de la décentralisation Le responsable Rewmi de Hann Bel Air informe qu’en plus de la départementalisation, l’Acte III de la décentralisation prévoit la création de la Cellule administrative de base (Cab) dont le président sera nommé par un maire. «Cela rappelle les comités révolutionnaires de base (Crb) du Burkina-Faso, avec des gardiens de la révolution qui font un maillage des quartiers», dit-il. «Un danger qui nous guette», ajoute M. Seck. A propos de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei), le chargé de la vie associative à Rewmi relève, pour s’en offusquer, «les transactions à n’en plus finir, des différentes incriminées et les convocations intempestives de leaders politiques à la Dic (Division des investigations criminelles).» «Les purges jusqu’à l’Hémicycle» Mbacké Seck s’offusque aussi « d’un plan publiquement décliné dans les médias par de hauts responsables de l’Apr (Alliance pour la République) pour démanteler Rewmi». «Une absence totale de démocratie à l’Assemblée nationale où un candidat à la présidence de l’institution parlementaire a été obligé de présenter ses excuses, il s’agit de Cheikh Dionne», se désole la sentinelle de la Baie de Hann. «Un autre député a été viré de son poste de Vice-président de la Commission contrôle et comptabilité de l’Assemblée, qui est donné aujourd’hui à une femme presque analphabète, n’ayant même pas le Bfem. Une nébuleuse totale», déplore encore l’ancien chargé de la communication de la fédération sénégalaise de football. Revenant sur l’Agence nationale de sécurité, M. Seck liste trois composantes essentielles de la structure. «Il s’agit du contrat local de sécurité pour mettre en place une cartographie de la délinquance. Ce qui ouvrira les portes de la délation», pense-t-il. «Aussi aura-t-on des comités départementaux de prévention composés d’affidés et de partisans du régime. Le troisième volet, le plus visible, est représenté par l’assistance à la sécurité», explique M. Seck. Renforcer les forces de sécurité «Cette agence dite de sécurité n’a aucune utilité. Autant renforcer la police, la gendarmerie, les sapeurs-pompiers en termes d’équipement et d’effectifs», tranche-t-il. Pour le chargé de la vie associative à Rewmi, «9 900 recrues seront rémunérées à 50 000 F Cfa/mois, soit environ 600 millions/mois sans compter l’habillement et l’Agence qui coûterait au moins 6 milliards de F Cfa/an. Cette manne financière aurait pu permettre de renforcer les forces de sécurité». Notre interlocuteur propose l’abrogation du décret portant création de ladite agence, le renforcement du service civique national, de la police et de la gendarmerie.

mercredi 20 novembre 2013

L AVIS BIAISE D UNE CONSEILLERE DE MACKY SUR LE RISQUE ZERO

Leçons de la crise Malienne pour le Sénégal : l’inquiétante analyse du Dr Penda MBow Leçons de la crise Malienne pour le Sénégal : l’inquiétante analyse du Dr Penda MBow 0 inShare Le Dr Penda MBow est une personnalité importante de ce pays. Historienne, Maitre-Assistante à l’université de Dakar, analyste politique et membre influente de la société civile sénégalaise, elle a participé à la chute du Président Wade. Elle a par ailleurs l’oreille du Président Macky Sall Il est donc d’autant plus inquiétant qu’elle produise lors d’une rencontre tenue à Berlin, malgré l’éclairage de la crise malienne, une analyse extrêmement superficielle et, à notre avis, fausse des risques structurels de déstabilisation du Sénégal. Mme Mbow exprime la certitude arrogante, partagée par le peuple et l’élite sénégalaise, que ce qui s’est passé au Mali n’aurait pas pu survenir au Sénégal parce que notre société serait intrinsèquement meilleure que la société malienne. Son analyse ne nous paraît cependant pas fondé sur autre chose que des préjugés. Certes l’histoire institutionnelle des sociétés sénégalaises et maliennes n’est certainement pas la même. Notre système éducatif est meilleur, le Sénégal a presque toujours été une quasi-démocratie et notre élite est globalement plus valable que l’élite malienne. Mme Mbow a donc raison de pointer cette disparité de trajectoires. Elle ne semble cependant pas voir qu’il y a, entre le Sénégal et le Mali des ressemblances fortes mais surtout qu’une inflexion récente de la trajectoire sénégalaise a accentuée la fragilité de notre pays. Le Dr Mbow commence par commettre une faute de raisonnement en partant d’un postulat non vérifié mais conforme à ce que les maliens disent d’eux-mêmes. Elle affirme en effet que la mobilité sociale est faible au Mali et que les élites maliennes actuelles sont les mêmes que du temps de Soundiata Keita. Elle y voit une des causes de la crise malienne. Une telle affirmation est probablement fausse. La mobilité sociale est une caractéristique de toutes les sociétés même si elle est plus ou moins forte. Déjà en 1948 dans Dieu d’eau, l’anthropologue français, spécialiste des dogons, Marcel Griaule montrait que ces derniers avaient changé à quelques années de distance leur mythe fondateur pour le conformer au nouvel ordre socio-économique de leur société pourtant jugée primitive. S’il y a mobilité et réorganisation sociale dans une petite communauté malienne, il est hautement improbable que ce ne fût pas le cas dans la société malienne prise dans son ensemble. D’ailleurs Madame Mbow devrait savoir que tout le regain d’intérêt pour la figure de Soundiata Keita est récent dans la société malienne, accompagnant la révolution de 1992 et la redécouverte subséquente de la Charte du Mandé. Une autre cause de la crise malienne qu’identifie le Dr Mbow est que le Mali est un pays pauvre ayant un territoire immense qu’il peine à gouverner. Cette cause n’est pas aussi fallacieuse que celle invoquée précédemment. Elle est cependant à relativiser. Mme Mbow a raison de pointer les problèmes de gouvernementalité du Nord Mali. Il faut cependant signaler qu’à l’orée de la crise Malienne de 2012, le consensus parmi les chercheurs était qu’après la démocratisation de 1992, le Mali avait effectué un remarquable travail de décentralisation et que l’unité nationale était désormais préservée. Plus généralement, après vingt ans d’exercice démocratique à transitions pacifiques, le Mali était donné en exemple à l’ensemble du continent africain comme preuve qu’un État pauvre et multiethnique pouvait être pleinement démocratique. Mme Mbow pointe enfin la fragilité de l’armée malienne qui n’a pas su faire face à l’attaque islamiste et la contraste avec la supposée qualité de notre armée qui aurait d’après elle tenu le coup face à un tel assaut. Il est toujours difficile d’évaluer des contrefactuels. Il faut cependant noter que cette supposée fragilité de l’armée malienne n’empêche pas que nous y envoyions nos soldats se faire former. L’armée malienne tout comme l’armée sénégalaise est une armée de métier contrairement à ce que suggère Mme Mbow et la nôtre n’arrive pas non plus à mettre un terme à la crise casamançaise malgré le fait que les rebelles du MFDC aient très peu de soutien international. L’affirmation du Dr Mbow selon laquelle notre armée aurait fait mieux que la malienne est donc, pour le moins, dénuée de fondement en l’absence d’agression effective contre le territoire sénégalais. Ce que notre étude dans le cadre du Think Tank Ipode a montré c’est que les causes profondes de l’effondrement de la République malienne ne sont pas celles qu’identifie le Dr Mbow. Or si l’étude étiologique n’est pas bonne, il est impossible de comparer valablement les situations au point d’en conclure que le Sénégal ne pourrait s’effondrait comme le Mali. Qu’en est-il réellement ? Dans l’étude d’Ipode, plusieurs causes avaient été tenues pour responsables de l’effondrement du Mali. Il y avait certes les problèmes de gouvernementalité au Nord avec l’irrédentisme touareg aggravé par la chute de Kadhafi. Il y a avait surtout plusieurs causes internes à la société malienne dont la principale était un effondrement généralisé du d’une part à la défiance de la population envers ses élites et d’autre part à la médiocrité d’élites politiques et militaires mal formées, peu soucieuses de l’intérêt général et corrompues. Le Sénégal pourrait-il suivre le même chemin ? Il est à tout le moins douteux que la réponse soit un non péremptoire comme semble le penser le Dr Mbow. Tout comme le Mali d’avant la crise de 2012, le Sénégal apparaît comme un exemple de démocratie en Afrique mais il partage avec le Mali les mêmes problèmes structurels qui ont mené ce dernier pays à la catastrophe. Il y a au Sénégal comme au Mali d’avant 2012 une crise de basse intensité qui semble ne pas mettre en danger le pouvoir central. Depuis l’arrivée du Président Sall cette crise semble certes en passe de se résoudre. Ceci dit la Casamance est entourée de trois États en déliquescence (les deux Guinée et la Gambie) dont deux (la Gambie et la Guinée Bissau) sont des narco-États. Nous ne sommes donc pas à l’abri d’une explosion de la crise casamançaise à la faveur de l’implosion de l’un ou l’autre de ces États fragiles. Et ce d’autant moins que le Sénégal servirait lui-même, d’après certains experts, déjà de plaque tournante à certains cartels sud-américains. Une deuxième ressemblance entre le Mali d’avant la crise et le Sénégal est l’apparition de fortunes colossales à coté d’une population globalement pauvre. Au Mali on avait parlé de « milliardaires de la démocratie ». Au Sénégal, depuis le règne du Président Wade, une élite politique et affairiste s’est considérablement enrichie et l’affiche. Tous les indicateurs montrent que le Sénégal est extrêmement inégalitaire avec un coefficient de Gini[1] de 39,2 (celui du Mali est de 39,0) et un ratio de la population pauvre en fonction du seuil de pauvreté national de 46,7% (43,6% au Mali) selon le rapport 2011 de la Banque Mondiale. Le Sénégal est donc plus inégalitaire que le Mali. Cette inégalité elle-même pourrait, comme dans le cas malien mener à deux conséquences désastreuses. La première est un développement de toutes sortes d’activités délictueuses ces dernières étant les seules à même d’assurer le niveau de vie désiré. Ces activités iraient du banditisme violent, source d’insécurité, à la corruption généralisée nuisible au fonctionnement des institutions étatiques. Une seconde conséquence possible du creusement des inégalités est une perte de légitimité d’élites politico-économiques perçues à tort ou à raison comme corrompues. Une troisième ressemblance, plus grave à notre avis, est la médiocrité des élites sénégalaise et une dégradation généralisée du niveau d’éducation et culture républicaine dans la société sénégalaise en général. Tout le monde au Sénégal convient qu’il y a une dégradation extrêmement rapide de la qualité de notre enseignement du niveau primaire au niveau universitaire. Cette dégradation est cependant rarement pensée en termes de danger pour la société sur le plan institutionnel. La démocratie a pour condition de pérennité l’existence de citoyens informés et conscients des enjeux dont le vote contrebalance le pouvoir de la classe dirigeante. Vue la trajectoire que suit le système éducatif sénégalais depuis une trentaine d’années, ce sera de moins en moins le cas dans le futur. Plus grave encore, l’élite sénégalaise elle-même ne paraît pas à la hauteur des enjeux comme le montre la pauvreté de l’analyse des enjeux de la crise du Mali pour le Sénégal et la misère de notre débat public. Le Dr Mbow peut se gausser de l’armée malienne et accuser la classe politique malienne d’endogamie pluriséculaire ; il ne nous paraît pas du tout évident que l’élite sénégalaise dont elle fait partie soit plus ouverte ou compétente. La communauté universitaire, à laquelle elle appartient a eu l’irresponsabilité de déserter les amphithéâtres pendant six mois en 2012, notre pouvoir judiciaire a grogné pour que lui soient alloués des fonds communs indexés sur les produits de décisions judiciaires qu’il rend, la hiérarchie policière vient de vivre un scandale sur fond d’accusations de trafic de drogue. Quant à notre classe politique, elle semble vivre dans une telle autarcie que l’on a du mal à distinguer une opposition à la coalition au pouvoir. Cette confusion est dangereuse en ce qu’elle prive le peuple d’un recours démocratique et pacifique en cas d’insatisfaction devant les politiques menées. De plus cette classe politique, société civile comprise, semble inapte à proposer des solutions concrètes aux problèmes que vivent les populations que ce soit l’approvisionnement en eau et en électricité ou les problèmes de l’emploi et de l’éducation. Elle ne nous paraît donc pas plus capable que la malienne de réagir avec intelligence et pensée stratégique à une crise imprévue du type de celle qu’a causée au Mali le renversement de Kadhafi. La gestion désastreuse de la mini-crise qu’a été la rupture du tuyau de Keur Momar Sarr n’est pas de nature à nous rassurer sur ce plan là. Étant données les similitudes que nous avons relevées entre le Mali d’avant la crise et le Sénégal actuel, il nous semble que le Dr Penda Mbow est singulièrement malvenue de clamer que ce qui est arrivé au Mali ne pourrait arriver au Sénégal avec autant de légèreté dans l’analyse. Notre élite intellectuelle devrait être beaucoup plus modeste et analyser avec attention ce qui se passe dans notre sous-région afin d’en tirer les bonnes conséquences. Quoique Mme Mbow soit proche de notre président actuel, elle n’est pas son conseiller stratégique. Nous espérons que ceux qui conseillent le chef de l’état sur les questions de sécurité ne produisent pas des analyses aussi superficielles. Autrement, ce serait inquiétant. Dr. Mouhamadou El Hady Ba, Directeur général du Think tank Ipode.