jeudi 26 septembre 2013

MARAL BI METINA / DAKAR A SEC / GARE AUX EPIDEMIES

PERSISTANCE DES MANIFESTATIONS A DAKAR La goutte de trop La pénurie d’eau qui était censée prendre fin en début de semaine, après de multiples assurances de la Sénégalaise des eaux (Sde) et du ministre de tutelle, perdure. Les populations de la capitale n’en peuvent plus. Partout, dans les rues de la capitale sénégalaise, le décor est le même : les populations, armées de bidons, de sceaux, de bassines et de tout autre récipient pouvant contenir de l’eau, sillonnent les rues de Dakar pour s’approvisionner en eau potable. Pour ne rien arranger, l’électricité s’en mêle. Rond point des Mamelles, Route de l’aéroport, Pikine, la grogne enfle et malgré l’impressionnant dispositif sécuritaire, Dakar crie son ras-le-bol. Dans les rues, même à des heures tardives, de jeunes filles et garçons, mais aussi des mères de famille, munis de seaux, de bassines ou de bouteilles, se promènent à la recherche du moindre liquide. Le décor est le même partout dans les rues et ruelles de la capitale Sénégalaise. Aux Parcelles Assainies, les populations se rabattent tous à Cambérène, un quartier marécageux situé près de l’autoroute à Payage. Dans les jardins inondés par endroit d’eau de pluie de ces derniers jours, se trouvent une dizaine de robinets pour toutes ces populations. De longues queues se forment devant chaque robinet. Des mères de famille, des filles et de jeunes garçons, tous minus de récipients de toute sorte, attendent leur tour. Fatou Ndoye, une jeune fille avec un bébé sur le dos, et habitant les Parcelles Assainies Unité 3, déclare : «Je suis là depuis 7h30mn, mais je ne parviens toujours pas à approcher le robinet, car le rang est très long et ceux qui sont devant ont trop de récipients. » En effet, chacun avait avec lui beaucoup de bidons et de sceaux. M. Diouf, la quarantaine environ, le visage très sévère et assis sur un de ses bidons de 20 litres, s’explique : «J’ai amené beaucoup de bidons de 20 litres et de sceaux de 15 litres pour avoir le maximum d’eau car j’ignore quand le ravitaillement de l’eau reviendra à la normale ». Une attitude qui cause le plus souvent des disputes et parfois même occasionne la fermeture des robinets par les responsables du site. Fatou Ndoye révèle qu’« hier il y avait une bagarre entre deux femmes. L’une d’elle disait à l’autre qu’elle devait laisser aussi la possibilité aux autres de puiser, car elle avait au moins 5 bidons de 20 litres pleins. Ce que cette dernière a refusé de faire. C’est ainsi qu’une bataille avait éclaté et les responsables ont décidé de fermer les robinets ». Se lever au petit matin La situation est la même partout où une goutte du liquide précieux est susceptible de couler. A Grand Yoff, une longue file, composée de femmes en majorité, s’était formée devant une maison près de la Brioche Dorée. Ces femmes, venues un peu partout de Grand Yoff, disent être là depuis 6h du matin. Astou Dièmé, une jeune mère de famille, confie : «Depuis 6h du matin je suis à la recherche de l’eau. C’est une voisine qui m’a dit qu’il y avait de l’eau prés de la Brioche Dorée, c’est pour cela que je suis venue ici.» Les divers récipients amenés pour faire le plein d’eau par ces populations assoiffées étaient bien rangés devant les robinets. Toutefois, ces femmes craignent la fermeture du robinet, à cause de la demande qui est très forte. Astou Dièmè de renchérir : «J’ai peur que l’eau cesse de couler avant que mon tour n’arrive. Il arrive que tu fasses la queue pour n’avoir aucune goutte d’eau, car à tout moment le robinet peut fermer ». La peur dans le ventre ces dames attendent patiemment leur tour. Dans l’impossibilité de se doucher ou d’étancher leur soif, les populations sillonnent les rues à la recherche des maisons qui disposent d’eau. A Niarry Tally, les jeunes filles font le porte-à-porte. Un groupe de filles, croisé au marché ‘’Ngélaw’’ de Grand Dakar, décrit le calvaire qu’il endure ces temps-ci. Khady, l’une d’elle, toute en sueur, un sceau de 15 litres à la main explique : «Nous venons de Niarry Tally, et nous faisons le porte-à-porte à Grand Dakar pour trouver de l’eau». Cependant, ces filles déplorent l’attitude de certains propriétaires de maison. Selon Marie, une amie de Khady : «Nous entrons dans les maisons pour demander de l’eau. Parfois, on en trouve, mais le propriétaire dit carrément qu’il n’offre pas l’eau, et n’en vend pas non plus». Une attitude que les jeunes filles décrient non sans demander plus de clémence à ces propriétaires de maison. Trois jours sans se doucher… Le décor est désolant chez la famille Denfa, à Grand Dakar. Le maitre des lieux crie son ras-le-bol face à cette pénurie qui perdure. Assis sous un arbre, devant sa maison, Denfa fustige : « Cela fait trois jours que je me suis pas lavé. Ma femme est partie depuis 5h du matin à la recherche d’eau. Jusque-là elle n’est toujours pas revenue. C’est moi qui veille sur les enfants». A peine avoir fini d’exprimer son mécontentement, sa femme se pointe avec un sceau à la tête. Mme Denfa, explique le long trajet qu’elle a parcouru, depuis tôt le matin, à la quête du liquide précieux. Mme Denfa déclare : « C’est au Point E que j’ai trouvé de l’eau en vente dans une maison. Le bidon de 10 litres coûte 50 Fcfa, tandis que la bassine est à 100 Fcfa. Auparavant j’étais allée à la Zone A, mais sans trouver aucune goutte d’eau. Tout mon corps me fait mal en ce moment ». Par ailleurs, Mme Denfa déplore les promesses non tenues par la Sde et souligne : «Nous sommes très fatiguées et nous voudrions qu’ils nous tiennent un langage franc. Si c’est réellement une fuite qui est à l’origine de cette pénurie, ils n’ont qu’à changer le tuyau au plus vite pour alléger les souffrances des populations » Souffrances exacerbées par le retour des délestages électriques dans certains quartiers de Dakar. Où sont passés les camions-citernes ? Aux parcelles Assainies, les camions-citernes sont presque invisibles. Les rares camions qui s’arrêtent dans les quartiers pour distribuer l’eau créent des bagarres et de la bousculade. Benoit Diatta, témoin d’une bagarre aux Parcelles Assainies, prés de la Sénélec confie : «Quand le camion-citerne est arrivé, il y avait une bousculade énorme. Certains jeunes garçons se sont battus et le camionneur avait préféré démarrer la voiture sans même distribuer l’eau». Le constat est le même un peu partout dans Dakar. A Niarry Tally la fourniture de l’eau par les camions-citernes est déplorée par les populations. Marie, une jeune fille rencontrée à Niarry Tally à la recherche d’eau potable, déclare : «Ici ce n’est qu’une seule fois qu’un camion-citerne est venu. Mais quand il commençait à avoir de la bousculade et des querelles, le chauffeur a démarré en trombe, laissant les populations dans leur soif ». Marie renchérie : «La distribution de l’eau est mal faite, il y très peu de camions pour l’ensemble de la population. C’est ce qui crée les bousculades et les querelles quand il y en a un qui se gare ». L’eau minérale se raréfie La situation devient de plus en plus intenable pour les habitants de la capitale sénégalaise, sevrés brutalement d’eau. Par conséquent, certains se rabattent sur les bouteilles d’eau minérale de 10 litres. Cependant, ces bouteilles, qui en temps normal ne s’écoulent pas vite, viennent à manquer dans beaucoup de quartiers de Dakar. Les quelques boutiques visitées hier, mercredi, à la Rue 10, à Grand Dakar n’en disposent plus. Mohamed Diallo, boutiquier à Grand Dakar, près d’une boutique «Tout à 1000 FCfa», explique les tracasseries pour trouver de l’eau à vendre. Mohamed Diallo déclare : « Je ne parviens pas à trouver les grandes bouteilles depuis 4 jours maintenant. Voyez-vous ? Je cherche à contacter mon fournisseur habituel, en vain. Il refuse de me répondre, car il m’avait promis de me trouver ces bouteilles, mais il ne parvient pas à honorer sa promesse». L’emballage importe peu… A défaut de bouteilles de grand format, les populations se consolent aves les grands paquets de sachets d’eau pour étancher leur soif. Ce changement d’attitude n’est pas sans conséquence. Même les sachets d’eau manquent dans certaines boutiques comme l’atteste Mohamed Diallo : «D’habitude, je stockais ici les sachets d’eau (il montre du doigt la cage vide). Mais comme vous le constatez, J’en ai même plus dans mon réfrigérateur », dixit Mohamed Diallo. En tout état de cause, la pénurie d’eau a occasionné la hausse du prix de la grande bouteille d’eau minérale. Cependant, les boutiquiers dans la méfiance, répondent par la négative face à cette question. Saliou Ba, boutiquier à la Rue 10, déclare : «Il est vrai que certains boutiquiers vendent la grande bouteille à 1200 Fcfa. Mais moi j’ai maintenu le même prix de 1000 Fcfa depuis le début de la pénurie. Mais présentement j’en ai plus depuis deux jours». M Assoiffés, affamés, affligés Abdoulaye THIAM C’est au 13ème jour de la pénurie d’eau à Dakar que le Premier ministre du Sénégal a daigné sortir de son bureau pour effectuer un déplacement à Keur Momar Sarr afin de constater de visu l’étendue des dégâts. Aminata Touré a jugé «inadmissible» le supplice que la SDE et la SONES font subir à la population dakaroise. Quant au président Macky Sall, vaine colère qu’il aurait piquée depuis New York où il prenait part à la 68ème session de l’Assemblée générale de l’ONU. Avant de partir, l’eau ne coulait déjà plus. Aussi, plutôt que d’ «écourter » (A moins que ce ne soit une simple opération de marketing communicationnel) son voyage pour rentrer dare-dare, la meilleure attitude serait alors de ne pas bouger d’ici, d’autant que ce voyage aux Usa n’apporte que dalle au vécu des Sénégalais assoiffés, affamés, affligés. Son illustre prédécesseur nous avait fait le coup, laissant le peuple boire le calice jusqu’à la lie, en pleines inondations 2011. Abdoulaye Wade était resté, à l’époque, deux mois à l’Extérieur, arguant la rédaction de deux livres, pour justifier, sa longue et étonnante absence alors que le Sénégal était confronté à d’énormes difficultés de survie. Comble de «filouterie», jusqu’à présent, aucun ouvrage de Me Wade n’est visible dans les rayons des librairies. A moins qu’il n’ait soigneusement égaré ses feuilles dans ses appartements à… Paris. Ce que les populations attendent, c’est le règlement de leurs problèmes. C’est un contrat moral. Priver des millions de Sénégalais, d’une denrée aussi vitale que l’eau, pendant deux semaines, c’est tout simplement «inadmissible», comme dit le Premier ministre. Au-delà de la «panne», la fameuse conduite à Keur Momar Sarr confirme le bricolage général constaté dans la réalisation des infrastructures au Sénégal. Dans le cas d’espèce, on nous dit que l’infrastructure qui a été conçue pour une durée de vie de 30 ans a cédé à quatre reprises en neuf ans. Pourquoi ? A qui la faute ? Qui a acheté le tuyau et à quel prix ? Pourquoi un tuyau en fer et non en plastique ? Pourquoi continue-t-on à rafistoler ? Quid de la prévision ? Pour le moment, ce qui est clair et net, c’est que le peuple subit le préjudice. La faute est déterminée, mais personne n’est coupable. La SDE et la SONES se renvoient la responsabilité. Sans occulter les mensonges notés dans les délais de part et d’autre. Le culte de l’impunité. Les différents régimes qui se sont succédé à la tête de l’Etat ont fini par installer un système de «ma tey», en prenant en otage le peuple. Entrepreneurs, concessionnaires et autres agents de l’Etat vivent de deals dans tous les domaines, sans vergogne. La quantité ne faisant pas la qualité, beaucoup s’adonnent à la médiocrité, au laisser-aller et à l’à peu près. Des machins créés juste pour permettre à leurs géniteurs de s’en mettre plein les poches. Le tunnel (trou, devrait-on dire) de Soumbédioune a englouti plus de 10 milliards alors qu’il prend l’eau de toute part à chaque hivernage. Sans oublier les interminables travaux de rafistolage toutes les semaines. La pelouse du stade Amadou Barry de Guédiawaye a été réhabilitée à hauteur de 600 millions. Mais, à la surprise générale, elle a été inondée dès les premières gouttes d’eau, rendant ainsi le terrain impraticable. Idem pour le stade Babacar Sèye de Saint-Louis. Quant au stadium Marius Ndiaye, sa réfection a coûté 900 millions de nos malheureux francs en 2007. Quatre années après, il pose des problèmes d’étanchéité à cause d’une toiture qui a cédé. Au niveau des infrastructures routières, c’est le même scénario. Quant à l’immobilier, c’est la catastrophe ! Dans le domaine des BTP, tout le monde est dans le coup y compris les bureaux de contrôle qui n’existent que de nom. Ils baignent dans la corruption et ne contrôlent rien du tout, contrairement à ce qu’ils laissent croire. Ils ferment trop souvent les yeux sur les manquements et les insuffisances des entreprises de travaux publics, encourageant du coup la médiocrité, l’à-peu- près et le laisser-aller préjudiciables à la qualité des travaux. Ils appartiennent généralement aux mêmes qui remportent les marchés et ce, à travers un jeu de sociétés prête- nom. Ceci entraîne la complaisance criarde dans le domaine. En lieu et place d’un véritable contrôle, les bureaux se transforment en caisses de sourds muets, ou se livrent aux constatations. Pas plus que les autorités, ils ne sont pas trop regardants sur les manquements des entreprises tandis que les AAA, eux, manquent de tout.