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jeudi 17 octobre 2013

COMPLAINTES D UN COMPATRIOTE

Lettre ouverte au Président de la République du Sénégal: Halte à la spoliation des terres. Excellence, C’est le cœur meurtri que je prends ma plume pour vous écrire cette lettre dont vous devez avoir plusieurs autres similaires sur votre bureau. J’ai toujours voulu prendre la voie la plus orthodoxe pour m’adresser à vous, c’est-à-dire vous envoyer une missive non-ouverte, exclusivement destinée à vous, mais cette voie orthodoxe est obstruée par des gens malintentionnés qui, je crois, interceptent le courrier et tentent un semblant de réponse en quatre lignes. Des réponses laconiques, sèches et vides de sens qui ne peuvent émaner de quelqu’un soucieux de connaitre les doléances de ses concitoyens, de recevoir les conseils et suggestions susceptibles de l’aider à mieux conduire la destinée de son pays. Dans ma lettre, j’aborde un fléau qui, durant ces dernières années, a fait couler trop de salive, trop d’encre et, hélas, trop de sang. Il s’agit d’un fléau qui a jeté dans le désarroi des centaines, voire des milliers de familles qui ne savent plus aujourd’hui à quel saint se vouer. Que ce soit au Walo, au Fouta, au Boundou, au Saloum, au Baol, au Cayor, sans oublier les terres dakaroises qui ont été le théâtre des pires exactions, le Sénégal est en train de connaitre la plus grande injustice de son histoire. Des nationaux (ministres, députés, marabouts, directeurs généraux, présidents de conseils d’administration, hommes d’affaires véreux, etc.) et des étrangers munis de pièces sonnantes et trébuchantes avec la complicité des autorités administratives (gouverneurs, préfets, présidents de communautés rurales, etc.) ont spolié les populations de leurs terres moyennant des contreparties dérisoires et même parfois au prix de leur sang. Je reconnaît à l’État a le droit de réquisitionner des terres du domaine national pour y réaliser des projets de développement, les affecter à des promoteurs fiables ou à des fils de ce pays qui n’ont pas encore un toit pour se loger. Mais lorsque les procédures de réquisition ne sont pas adéquates, l’affaire se transforme, sans nul doute, en une spoliation et ce n’est pas ce que les populations attendent de ceux qui les dirigent. Lorsqu’il s’agit d’un bail octroyé à un privé – en particulier à un étranger- et que les autorités n’entament pas, au préalable, des pourparlers avec les populations qui occupent ces terres depuis plusieurs générations, le problème devient plus sérieux et on peut alors assister à toutes sortes de magouilles. On invoque parfois l’alibi que les terres sont en friche et que les populations peuvent tirer profit des infrastructures qui y seront installées, mais cet argument ne justifie guère leur affectation à autrui sans l’aval des résidents. Vous n’ignorez pas que la population d’un village ou d’une ville s’accroît d’année en année et que chaque génération a besoin de place sur la terre des aïeux. La preuve, la population du Sénégal est passée de moins de deux millions en 1960 à treize millions en 2013. Si vous ignorez ce qui se passe dans les villes et les villages des profondeurs, j’ai peur. Vous devez être le garant de la sécurité et du bien-être de vos compatriotes qui vous ont fait confiance. Si vous le savez et fermez l’œil sur les méfaits des prédateurs, je ne sais pas ce que vous aurez à répondre, lorsque vous serez devant Allah l’Omniscient, qui a bien voulu vous accorder Sa Grâce. Les dégâts sont trop nombreux pour passer inaperçus. Il suffit d’envoyer des émissaires vers les différentes contrées du pays pour en avoir une idée. Des émissaires irréprochables, incorruptibles –en existe-t-il encore beaucoup dans ce pays ? – qui s’adresseront directement aux populations pour entendre leur cri de cœur. Lorsque vous avez annoncé votre intention de réduire votre mandat à cinq ans, je me suis dit : "Voilà un homme qui se soucie peu d’être réélu". Ces propos m’avaient fait espérer que vous alliez affronter tous les aléas pour restaurer la justice et redresser le gouvernail de notre cher SUNUGAAL. Je continue encore, malgré les quelques dérives qui me font tiquer, de croire à votre intention de bien faire. Votre réponse à cette lettre et votre prompte réaction face à cette situation me prouveront que je ne me suis pas trompé en vous accordant ma confiance. Ai-je besoin de vous rappeler que, quelle que soit la longévité d’un règne, on finit toujours par en parler au passé et l’histoire ne retiendra alors que les actes et paroles. L’épopée de Mandela est grandiose, mais cet homme a-t-il fait plus qu’aimer son pays, aimer son peuple ? A-t-il fait plus que s’agripper à ses convictions ? A-t-il fait plus qu’avoir un idéal et renier sa propre personne pour l’atteindre ? Tous ces actes sont à votre portée si vous êtes animé par un tant soit peu d’humanisme et de patriotisme. Je reste convaincu que si Allah vous a placé à la tête de cette nation, c’est parce que vous avez des aptitudes. Ce Sage à la Sagesse incommensurable ne laisse rien au hasard. S’Il voulait agir Lui-même et sans intermédiaires sur Ses créatures, il ne vous aurait pas choisi car Son omnipotence dépasse l’entendement. Ainsi, son choix doit être pour vous plus une épreuve qu’une faveur. Il vous appartient donc de mettre en branle vos aptitudes afin de réussir la mission qui vous est confiée. J’espère, qu’au moment du bilan, vous n’aurez pas à regretter d’avoir laissé des hommes, des femmes ou des contingences vous détourner de votre chemin.

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