mercredi 16 octobre 2013

Karim Wade, le luxe d’être un autre par Madiambal Diagne Karim Wade est un nouveau produit marketing du Parti démocratique Sénégalais (Pds). A en juger par les manchettes des journaux, c’est le produit politique le plus consommé au Sénégal. Karim Wade ne parle pas à la presse. Même avant d’être jeté en prison, il ne parlait pas aux médias sénégalais. Mais ses déclarations rapportées aux journalistes fleurissent les titrailles. Le bonhomme doit bien se demander si les journalistes qui relaient ses propos, colportés régulièrement par des visiteurs de prison qui travaillent sans doute à peaufiner son image, ont une once de fierté ou un souci d’authentifier de tels propos. De toute la classe politique, Karim Wade semble être le plus bavard. Pourtant, aucun organe de presse ne cite des propos que lui aurait confiés directement le prisonnier le plus célèbre. Et le plus absurde est que la presse rivalise d’exclusivités et de scoops et parfois, on se demande si les journalistes mesurent la grossièreté des propos rapportés. A-t-on vraiment conscience de faire l’objet de manipulation ? Durant toute une campagne électorale en 2009, Karim Wade n’avait pu prononcer qu’un simple slogan en Wolof : «Fii no ko moom» ; et avec quel accent ! Personne d’autre ne l’a entendu parler wolof. Mais dans les journaux, on découvre que Karim Wade parle avec ses visiteurs avec un wolof de Kocc Barma Fall. Mieux, à l’occasion de la pénurie d’eau qui avait frappé la ville de Dakar du fait d’une cassure de la conduite principale d’eau approvisionnant la capitale du Sénégal, Karim Wade a été découvert se gaussant en wolof du calvaire des populations. Dans les manchettes des journaux, on lui a prêté le propos : «Noo leen tanne, fii am na ndox» (Ndlr : Nous sommes mieux lotis que vous, on a de l’eau en prison). Un de ses amis a pu alors mesurer les formidables prouesses réalisées par Karim Wade, depuis son séjour en prison, pour arriver enfin à parler le wolof, la langue de son père et celle parlée par la plupart de ses concitoyens. Quelques mois auparavant, Karim Wade assimilait le wolof au «sénégalais ». Il avait en effet entamé des cours en wolof et un jour, il regarda sa montre pour dire : «C’est l’heure d’aller faire mon cours de Sénégalais». Eh bien, le Français est la langue parlée en France et l’Anglais la langue parlée en Angleterre, donc naturellement pour Karim Wade, le Sénégalais doit être la langue parlée au Sénégal. Nous ne pouvons certifier de l’authenticité de cette anecdote ; par contre, il nous a été donné de lui suggérer personnellement d’emprunter l’identité d’un boutiquier venu de Mauritanie et de s’installer dans un village du Cayor. Ainsi, en un laps de temps il aurait parlé le wolof. C’est dire ! Mais entretemps, la prison a permis à Karim Wade de comprendre et de parler le wolof, jusqu’à suivre des émissions en wolof sur les télés locales et de réclamer à voir des animateurs vedettes. La presse a également relayé des fuites de discussions que Karim Wade aurait eues avec certaines personnes qui étaient passées lui rendre visite. C’et le cas de l’ancien Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye. Cette visite avait été présentée comme une démarche d’un émissaire envoyé auprès de Karim Wade par le président Macky Sall. L’information était bien à l’avantage de Karim Wade. S’il était difficile de la recouper auprès de Karim Wade en situation de détention, il ne l’était pas pour autant auprès de Souleymane Ndéné Ndiaye dont toute la presse peut témoigner de l’accessibilité. Qu’à cela ne tienne ! Souleymane Ndéné Ndiaye s’est étranglé de lire dans la presse que sa visite était une mission de bons offices ou de médiateur. D’autres fanfaronnades de Karim Wade ont aussi eu bonnes grâces dans les médias, comme les gros classeurs qu’il trimballe au parloir, sous prétexte qu’il a par-devers lui toutes les pièces répondant aux accusations portées contre lui. Mieux, Karim Wade passe désormais comme un érudit qui lit régulièrement le Coran en prison et qui consacre ses autres moments à la prière et à lecture de Khassaïdes, ces poèmes ou odes écrits par Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur de la confrérie musulmane des Mourides. Que la prison peut alors vous transformer un homme, pour qu’en l’espace de six mois, Karim Wade puisse prétendre à un turban le désignant à l’imamat de la mosquée de son quartier du Point E ! L’homme serait aussi si populaire en prison que l’administration pénitentiaire lui refuserait de prendre part aux prières du vendredi organisées dans la cour de la prison de Rebeuss. On imagine sa côte de popularité si haute que, quand il sort pour se rendre à la prière, les milliers de détenus scandent son nom. Selon toujours la presse, Karim Wade serait très populaire. Quelque 5000 personnes lui auraient déjà rendu visite en prison et la Commission d’instruction de la Cour de répression de l’enrichissement Illicite (Crei) traînerait les pieds pour délivrer un permis de visite à 300 000 autres personnes. Prenons notre calculette. A la publication de cette information, Karim Wade avait passé 22 semaines à la prison de Rebeuss et les visites ne lui étaient pas encore autorisées durant les deux premières semaines. Ainsi, chaque jour de visite, Karim Wade a pu, sans discontinuer, recevoir 250 personnes. Ainsi, si on tient compte des horaires de visite, Karim Wade consacre, à chacun de ses visiteurs, au plus 2 minutes. Mais c’est un temps suffisant pour que Karim Wade arrive à palabrer et noter dans un carnet le nom et le numéro de téléphone du visiteur. Ces visiteurs pourront rapporter des confidences de Karim Wade ou décrire aux journalistes les conditions du séjour carcéral du fils du président Abdoulaye Wade. Et encore que 300 000 autres personnes piaffent d’impatience de rendre visite à Karim Wade ! Qui ne se souvient pas que lors des dernières élections législatives du 01 juillet 2012, la coalition du Pds avait engrangé, en tout et pour tout, 298 846 voix sur toute l’étendue du territoire sénégalais ? Chers confrères, arrêtons ce cirque. Nous commençons à être trop ridicules et Karim Wade même ne devrait pas nous respecter en lisant le matin certaines informations ! mdiagne@lequotidien.sn Madiambal Diagne