jeudi 17 octobre 2013

REBONDISSEMENT DANS L AFFA IRE KARIM ARSENE LUPIN WADE

Sénégal: le fils de l'ex-président Wade maintenu en détention AFFAIRE KARIM WADE: La rançon de la patrimonialisation du pouvoir :: SENEGAL C’est peu dire que d’affirmer que Karim Wade, le fils de l’ancien président sénégalais Abdoulaye Wade, est dans la tourmente. Le mardi 15 octobre dernier, pendant que les Sénégalais célébraient la Tabaski, lui était entendu à nouveau par la Cour de répression de l’enrichissement illicite, après six mois de détention préventive. A l’issue de cette longue et harassante audience qui aura duré près de 16 heures, Karim Wade va devoir passer au moins six autres mois en détention préventive, au grand dam de ses avocats, le temps pour la Cour de boucler ses investigations sur son empire financier estimé à environ 700 milliards de F CFA, soit un peu plus d’un milliard d’euros. Il n’est pas exagéré de penser que ce qui arrive à Karim est la conséquence du comportement de son père Dans cette affaire, le Sénégal a une réputation de pays de bonne gouvernance à défendre, et l’on comprend fort aisément que Macky Sall, qui veut s’inscrire dans la lignée des Senghor et autre Abdou Diouf, est bien fondé à vouloir élucider cette affaire où Karim Wade est soupçonné d’avoir construit son patrimoine en ayant détourné l’argent de l’Etat et certains financements lorsqu’il était en fonction, à la tête de départements tout aussi prestigieux que juteux, sous le règne de son père à qui Macky Sall a justement succédé. En effet, outre le fait que le ministre « du ciel et de la terre » du président Wade était ministre d’Etat, il était en charge des Infrastructures, de la Coopération internationale, des Transports aériens et de l’Energie. Cerise sur le gâteau, il avait été installé par son père pour piloter les grands travaux entrant dans le cadre de la préparation du 11e sommet de l’Organisation de la conférence islamique (OCI), qui devait se tenir à Dakar en mars 2008, et dont le budget s’élevait à plusieurs milliards de F CFA. Il n’est pas exagéré de penser que ce qui arrive à Karim est la conséquence du comportement de son père qui, non seulement s’est inscrit dans une logique de patrimonialisation du pouvoir en s’entêtant à vouloir rester aux affaires contre vents et marées, mais aussi a entraîné, dans son sillage, son fils Karim à qui il a confié des postes tout aussi juteux que stratégiques au sein de l’appareil d’Etat. En l’élevant au rang auquel il l’a fait, avec tous les pouvoirs discrétionnaires qui étaient les siens, il l’a exposé, pour n’avoir pas su tirer les bonnes leçons de l’héritage de ses devanciers qui s’en sont abstenus. Cette affaire Karim Wade pose assurément le problème des paradis fiscaux A la limite, Karim peut s’en prendre à son père qui, dans sa mégalomanie, n’a pas su le couver d’un amour distant pour le protéger, trop admiratif qu’il était de son fils dont il se plaisait à faire le panégyrique. A la lumière du cas Wade, il est plus que jamais évident qu’il n’est pas stratégique, pour les chefs d’Etat, d’impliquer leur famille (progéniture et fratrie) dans la politique, en dehors de la première dame qui a un rôle à tenir en tant que telle. Bien sûr, en tant que citoyens, ils peuvent être appelés à occuper des postes de hautes responsabilités au service de leur pays, et, s’ils en ont le talent politique, à demander la confiance des populations pour un mandat électif. Malheureusement, l’histoire montre à souhait toute la délicatesse, pour les chefs d’Etat, de faire rentrer leurs proches dans la politique à leurs côtés, en les nommant à des postes de hautes responsabilités. Jean-Christophe Mitterrand par exemple, appelé par son président de père à jouer un rôle politique à ses côtés en tant que chargé des affaires africaines, a souvent été tourné en dérision avec le sobriquet « papa m’a dit ». De même, lorsque Jean Sarkozy, le fils de Nicolas, était pressenti pour briguer le stratégique poste de président de l’Etablissement public d’aménagement de la défense (EPAD) au budget colossal, cela a valu une levée de boucliers en France contre son président de père dont l’ambition de créer une lignée a été dénoncé au regard du jeune âge du candidat au poste à l’époque. Il n’est donc pas étonnant que le Sénégal, qui veut s’inscrire dans une logique de bonne gouvernance, veuille voir clair dans cette affaire où les sommes faramineuses qui sont en jeu, donnent le tournis. Cette affaire Karim Wade pose assurément le problème des paradis fiscaux, où beaucoup de nos dirigeants thésaurisent des fortunes colossales détournées aux faibles économies de leurs pays avec des prête-noms, alors que ces mêmes sous, utilisés au profit des populations, contribueraient à résoudre bien des problèmes. En cela, il faut encourager Macky Sall dans sa démarche et espérer qu’il fasse des émules, surtout que nos Etats sont souvent dépourvus de moyens pour traquer ces fonds et les ramener dans les caisses, quand ce n’est pas la volonté politique de le faire qui manque le plus. C’est le lieu d’interpeller nos dirigeants à plus d’orthodoxie dans l’exercice du pouvoir, et de les inviter à ériger en règle de bonne conduite la propension à faire systématiquement un état des lieux clair, en cas d’alternance et de passation des charges. Dakar — L'ex-ministre sénégalais Karim Wade, fils de l'ex-président Abdoulaye Wade, a été une nouvelle fois inculpé d'enrichissement illicite présumé et maintenu en détention préventive où il se trouve depuis six mois, a annoncé jeudi à l'AFP un de ses avocats. Karim Wade a été entendu pendant plusieurs heures mardi à Dakar à la Cour de répression de l'enrichissement illicite (CREI), une juridiction spéciale sénégalaise, avant d'être à nouveau inculpé et reconduit en prison mercredi, a affirmé jeudi cet avocat, Me El Hadji Sall. En septembre, le procureur de la CREI avait adressé à Karim Wade une mise en demeure pour lui demander de justifier dans un délai d'un mois l'origine de 98,6 milliards de FCFA (plus de 150 millions d'euros) déposés, selon l'accusation, dans des comptes d'une banque à Monaco. M. Wade avait été inculpé une première fois et placé en détention préventive le 17 avril à Dakar après une première mise en demeure de la CREI qui l'accusait d'avoir acquis de manière illicite divers biens et sociétés d'une valeur totale estimée à 694 milliards FCFA (près de 1,06 milliard d'euros), ce qu'il nie. L'instruction pour ce dossier devait durer au maximum six mois au terme desquels il devait bénéficier d'un non-lieu ou être renvoyé devant une juridiction pour un procès, a rappelé Me Sall, fustigeant les responsables de l'instruction de son dossier. "Aujourd'hui (jeudi), les six mois sont arrivés à expiration" et Karim Wade aurait dû être libéré, "mais ils ont attendu le jour de la Tabaski (fête musulmane de l'Aïd el-Kébir célébrée mercredi au Sénégal) pour le placer sous mandat de dépôt", a poursuivi l'avocat. "En réalité, ils n'ont aucune preuve de leurs accusations contre Karim. (...) Ils lui avaient adressé une première mise en demeure pour enrichissement illicite présumé, puis ils ont extrait une deuxième mise en demeure du dossier pour justifier la deuxième inculpation. Ce n'est pas une inculpation, c'est une prise d'otage, c'est comme cela que nous le percevons", a-t-il ajouté. Puis, précisant s'exprimer en tant que responsable politique - il est un des dirigeants du Parti démocratique sénégalais (PDS, opposition), formation de l'ex-président Wade et de son fils - il a fustigé le régime du président Macky Sall, qui a battu Abdoulaye Wade au second tour de l'élection présidentielle de mars 2012 et pris ses fonctions début avril 2012. Le dossier Karim Wade, "ce n'est plus de la justice, c'est du banditisme judiciaire" et "une affaire politique, parce que Macky Sall a peur de Karim Wade. (...) Nous sommes désormais sur le terrain politique, où tous les coups sont permis. Ils se permettent tout, alors nous allons nous battre avec les moyens juridiques, politiques, pour arrêter cette violation" des droits de Karim Wade, a soutenu El Hadj Amadou Sall. Selon lui, un complice présumé de Karim Wade a également été maintenu en détention. Deux autres ont été mis en liberté provisoire dans la nuit de mardi à mercredi, tandis que quatre autres avaient déjà bénéficié de la même mesure, certains pour raisons de santé. Aucune source n'avait pu être immédiatement jointe dans le camp de accusation.